Le renard était déjà le chasseur, de Herta Müller

« La fourmi transporte une mouche morte. La fourmi ne voit pas le chemin, elle retourne la mouche et revient sur ses pas. »
Dès les premières lignes, on a compris : le minuscule, le détail contemplé indéfiniment tiendront une place déterminante dans le récit qu’on aborde – intimidés que nous sommes de nous plonger dans le lecture d’un Prix Nobel de littérature (2009)…

Les êtres humains apparaissent peu à peu, esquissés, deux jeunes femmes dans la touffeur de l’été, couchées sur une couverture sur le toit-terrasse d’un immeuble. La fourmi, la mouche, le ver de la pomme leur disputeront le premier rôle, on le sent bien, comme la tache de vin sur le cou de l’agent de la Securitate ou le vernis ébréché sur les ongles de Clara. L’écriture de Herta Müller anime chaque présence, chaque objet d’intentions qui lui sont propres. Les choses mènent leur vie, à côté des humains et sans se soucier d’eux.

« Des dahlias poussent sous les premières rangées de fenêtres de l’immeuble, ils sont grands ouverts et leurs bords déjà en papier à cause de l’air brûlant. Ils regardent dans les cuisines et les chambres, dans les assiettes et les lits. »

Les dahlias espions, étrange image… Insensiblement, le lecteur se trouve plongé dans l’ambiance asphyxiante d’une dictature (en l’occurrence la Roumanie de Ceausescu), aussi grise et terne qu’impitoyable. Les êtres s’y traînent brisés, humiliés, dans des décors où la laideur le dispute à la misère. Face à ces fantômes, il semble presque naturel que les objets, le monde végétal se fassent loquaces, actifs.

« Un jour, Paul a regardé la forêt avec les jumelles. (…) L’immense boule d’aiguilles et de feuilles lui a fait peur. Les buissons aussi, qui poussent dans tous les sens. Leur bois, qui a compris depuis longtemps comment pousser. Car ce qui est plus sauvage chasse tout ce qui se retient avec docilité, lui coupe la lumière en haut et la terre en bas. »

J’aime beaucoup cette sorte d’aphorisme que Herta Müller sème ici ou là.  Cette belle dernière phrase : « Car ce qui est plus sauvage… » m’évoque le « Un homme, ça s’empêche», forte et simple formule que l’on doit au père d’Albert Camus et  que son fils reprit à son compte dans « Le Premier Homme », son dernier roman, inachevé, brisé net par sa mort.

Plus loin,  » le cercle de la lampe de poche trébuche, (…) le stade retient son remblai dans le noir, (…) du fer bat derrière le stade, c’est là qu’est l’usine. (…) Des fenêtres sont éclairées, réveillées, et des fenêtres à côté sont noires, posées contre les murs dans leur sommeil. »

Une sombre poésie, une funèbre mélopée s’élèvent de ces pages, sans que la lumière ne puisse, semble-t-il traverser ces ténèbres, « poisseuses », adjectif-clé chez Herta Müller.

C’est très impressionnant et très fort, rapidement oppressant avec peu de moyens, une apparente simplicité, une sobriété souvent poignante.

« Il fait sombre à la fenêtre, le peuplier est parti. L’ampoule s’y reflète, le plafond, l’armoire et le mur, les prises et la porte. Une pièce comme la moitié d’une fenêtre, accroupie et rétrécie jusqu’à n’être que du verre. Et il n’y a personne à l’intérieur. »

On n’ose le dire, mais l’ « intrigue » existe et on a bel et bien affaire à un roman – du coup  difficile à lire. Comment suivre le déroulé du récit et ne pas s’abandonner au pur plaisir de l’écriture poétique? On est, comme dans le nouveau roman avec son tabou dictatorial d’absence de héros, sans humains auxquels s’accrocher. Les personnages ne manquent pas pourtant :  Adina, celle dont la peau du renard – maigre tapis – sera découpée peu à peu, Anna, Clara, Pavel, Paul, Abi… On comprend qu’Adina est désirable, Clara futile, Paul et Abi engagés politiquement dans une lutte sourde contre le régime, mais ils demeurent sans chair. Chosifiés pendant que les objets sont animés d’une vie propre. Et cette « mort du personnage » alliée à la description d’une réalité sociale inhumaine rend la lecture, il faut l’avouer, parfois éprouvante.

« Une belle soirée. Dans un beau pays. On pourrait tous se pendre. » Tout est dit.

 

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A Dangerous Method, de David Cronenberg

Les premières images du film nous confrontent à la violence et à la douleur d’une jeune fille, Sabina Spielrein (jouée par Keira Knightley), à la physionomie dévastée par l’hystérie. Telle une bête prise au piège, elle hurle dans la calèche qui l’emmène au Burghölzli, la clinique psychiatrique où exerce le docteur Carl Gustav Jung (impeccable Michael Fassbender), adepte des théories psychanalytiques du professeur Freud. La cure démarre aussitôt.

Cronenberg signe de sa griffe personnelle les entretiens : Sabina offre un visage affreusement déformé, une mâchoire effrayante dans sa mobilité prognate. Elle en devient réellement monstrueuse, évoquant dans ses contorsions faciales la créature terrifiante d’Alien. L’impact de l’esprit sur la chair, ce thème de prédilection de Cronenberg qu’il décline depuis si longtemps, de La Mouche à Faux-Semblants en passant par Crash, est de retour, mais cette fois dans une veine réaliste, quasi historique…

Et d’histoire, il va être beaucoup question dans ce film-là, avec un soin remarquable pour la reconstitution d’époque (les costumes et les décors sont de toute beauté) et une recherche documentaire approfondie. Les dialogues de Jung avec Freud (Viggo Mortensen, plus perfectionniste que jamais), puis de celui-ci avec Sabina Spielrein sont fondés sur les correspondances, abondantes, des uns et des autres, et surtout de ce grand épistolier qu’était Freud. Les débats sur la pulsion sexuelle et la pulsion de mort qui ont agité le monde psychanalytique de l’époque s’y trouvent retranscrits avec une fidélité et une concision vraiment remarquables.

Le personnage de Freud est traité avec une empathie et un soin tout particuliers. La maison du 19 Berggasse est reconstituée avec amour et la description du repas que Jung partage avec la famille Freud se révèle délicieusement humoristique. On y voit la famille Freud au complet, l’épouse et les six enfants, dînant en toute simplicité avec Jung en invité d’honneur, et il est de bon ton de parler troubles sexuels et inconscient. Chaleur, proximité, semi-obscurité s’opposent au magnifique décor glacé de l’appartement de Zurich où Carl Jung vit avec sa femme, richissime et douce épouse qui lui voue un véritable culte.

Freud sait le handicap que sa judéité représente pour la reconnaissance de sa théorie. La psychanalyse n’a attiré à elle, au début, que des juifs, sans doute parce que les autres scientifiques ne s’intéressaient pas aux travaux d’un juif, mais plus profondément sans doute parce que l’étude de l’hébreu les y prédisposait. Chaque mot d’hébreu est polysémique et tout talmudiste va rechercher dans un verset de la Bible les multiples interprétations que l’on pourrait en donner. Tout mot, du fait de l’absence de voyelles, a un sens concret et plusieurs sens abstraits. Pour prendre un exemple, le mot חבל signifie « corde », mais aussi « dommage », « tribunal » ou « élancement ». Aussi un talmudiste peut trouver matière à moult variations de sens lorsqu’il rencontre ce mot dans la Torah, et il le doit, car prendre une phrase au pied de la lettre est péché. Ainsi,  le jeune garçon qui accomplit sa bar mitzvah devra prononcer un commentaire personnel, la derachah, sur le passage de la Torah qu’il a lu. On comprend dès lors que, culturellement, les juifs aient pu tout naturellement adhérer à une science de l’interprétation, fût-elle des rêves.

En ce sens, Jung a fait preuve d’une belle originalité, si l’on tient compte de l’opprobre que suscitait la théorie freudienne dans le monde médical de l’époque. Cronenberg en trace d’ailleurs un portrait attachant, celui d’un homme ouvert, fragile et dénué de préjugés.

Mais le film dépeint aussi, en touches subtiles, l’antagonisme qui existe entre les deux savants. Jung, c’est l’idéaliste, le protestant, moralisateur mais pécheur, passionné de mythologie et d’ésotérisme. Freud n’est pas croyant le moins du monde. Comme il le dira souvent, il n’est juif que face aux antisémites. La relation Freud-Jung achoppera d’ailleurs aussi sur le problème du questionnement de la religion, névrose obsessionnelle de l’humanité pour Freud, invariant de l’humanité à ne pas faire entrer dans le champ de l’étude des névroses pour Jung. Freud écrira, lui, « la répression, le renoncement à certaines pulsions instinctives semblent aussi être à la base de la formation de la religion ». Pas question d’aller aussi loin pour Jung, pour qui sa religion de naissance ne fut pas une entrave, ce qu’elle a pu représenter au plus haut point pour Freud…

Le grand art de Cronenberg consiste en ceci qu’il nous met face à un film somptueux, passionnant, dont beaucoup de scènes baignent dans la douce lumière du lac de Zurich ou dans la splendeur d’intérieurs bourgeois raffinés, et qu’on peut aussi y entendre les débats qui divisaient les chercheurs en psychologie des profondeurs les plus pointus du moment. Sans parler d’un véritable sens oraculaire qui transparaît dans certaines scènes et dont rendront compte, de façon poignante, les cartons de la fin du film.

 

 

 

 

 

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La Couleur des sentiments, de Tate Taylor

 

Les critiques ont tort de bouder leur plaisir. OK, voici un film pétri de bons sentiments, caricatural, mais bon… Un vrai film familial comme on n’en fait plus tellement. Quand les lumières se sont rallumées dans la salle, les mines étaient réjouies, même si quelques âmes sensibles essuyaient encore des larmes…

Adapté d’un roman à succès sorti chez les libraires en 2009, La Couleur des sentiments n’est pas sans rappeler deux mélodrames très populaires comme Hollywood se plaisait à en produire dans les années 1980 et 1990. De ces deux films, La Couleur pourpre de Steven Spielberg (1985) et Beignet de tomates vertes de Jon Avnet (1993), Tate Taylor s’est permis de garder les ingrédients déterminants : la question raciale dans un Mississippi encore marqué par les traditions esclavagistes pour le premier, la rébellion d’une femme blanche face à l’archaïsme des mœurs de ses concitoyens pour le second. La polémique qui a éclaté autour du film aux Etats-Unis tenait au ton ressenti comme condescendant et donc légèrement raciste employé pour dépeindre une révolte sociale à laquelle Martin Luther King et la marche sur Washington avaient donné tout de même un autre poids. Certes, Octavia Spencer, dans le rôle de Minny Jackson, une des « meneuses » noires, évoque plus la Mama d’Hattie McDaniel dans « Autant en emporte le vent » qu’une figure à la Angela Davis. Oui, et alors. Il y eut un film bouleversant sur un militant noir assassiné par le Klu Klux Klan, Medgar Evers, film réalisé par Rob Reiner, sorti en 1996… et totalement oublié aujourd’hui.

« La Couleur des sentiments » a le mérite d’attirer les foules, à défaut d’être encensé par la critique. L’erreur serait de chercher un film militant là où il n’y a qu’un récit poignant, « bien écrit, avec des images et du son », comme disait Robert Bresson à propos du cinéma, un récit qui provoque émotion et dégoût devant les agissements odieux de Blancs stupides. Le sujet est grave puisqu’il traite du mépris des puissants et de l’humiliation des faibles, mais est-ce un crime de montrer une révolte tranquille, une solidarité toute féminine qui s’y épanouit, une douceur d’un autre âge? Disons-le, les hommes sont les grands absents du film. Et ça fait du bien.

Et puis, la bande son est épatante:Bob Dylan (« Don’t Think Twice, it’s Allright »), Chubby Checker (« Let’s Twist Again »), Ray Charles (« Hallelujah I Love Her So ») et, bonheur complet, Johnny Cash et June Carter dans « Jackson », nom de la ville où se déroule l’action, bien sûr. Plus tous les chanteurs que je n’ai pas reconnus et qui m’ont … enchantée.

Un spectacle complet, images superbes, musiques géniales, sentiments nobles, casting impeccable. J’y allais pour ma fille de douze ans, je n’ai pas boudé mon plaisir…

 

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L’attente

 

Elle a suivi l’allée parsemée de cailloux blancs. Des arbres aux lourdes ramures se dressent contre le ciel clos. Il a bruiné, maintenant il fait glacial. Au bout de l’allée, un rond-point où grince un manège vide, que le vent fait osciller sous la bâche qui pend. La buvette est fermée, les chaises sont empilées, sales, rouillées. Il lui a dit de l’attendre là.

C’était l’été quand elle l’attendait là. Les cris des enfants ne résonnent plus, ni les rires des mouettes qui remontent la Loire, ni les aboiements des chiens qu’on lâche et qui tournent, fous, autour des enfants. La balançoire tourne sur elle-même, dissymétrique, la corde de chanvre, à droite, s’effiloche. Elle ne prend pas une chaise, comme il lui a suggéré s’il tarde, et il tarde.

Elle marche le long de l’enclos aux biches. Les bêtes frémissantes s’approchent, elle caresse le mufle luisant, le velours des poils entre les yeux. Ses doigts se crispent sur le doux pelage. Douleur dans son ventre, elle se plie en deux, ses genoux touchent sa poitrine. Elle se raccroche aux losanges de fil de fer de la grille, se relève. La boue recouvre ce qui fut en été un fin gazon. « Et-le-fruit-de-tes-entrailles-est-béni. »

Elle descend vers le lac, vers le ponton aux  planches grises et scintillantes de givre, poussière d’argent. L’eau sombre, moirée de longs reflets verdâtres, lui souffle au visage une haleine fétide. Les barques colorées de l’été ont disparu, et les groupes nonchalants, les familles, les amoureux. La torsion dans son ventre a repris, elle gémit, elle s’assoit sur le banc, sous le saule, elle couche son ventre sur ses cuisses, elle se parle, tente de s’apaiser : « Calme-toi, mon petit, calme-toi, ça va aller. » Elle se berce longuement, la douleur est rebelle au balancement, elle ne s’endort pas, la bête qui la dévore au-dedans. Immobile maintenant, couchée sur ses cuisses, elle relève la tête et tourne son regard à gauche. Sur un panneau délavé, un gros enfant joufflu que le vent gifle avec violence lui tend une glace en forme de fusée, multicolore, saccadée dans les rafales. Elle plonge son regard vers la terre. Les talons de ses bottines délicates se sont enfoncés, ses pieds reposent  parfaitement à plat dans la boue fine, souple comme l’argile que modèlent les doigts des enfants. Fulgurance au plus profond d’elle-même.

Elle regarde à droite. La cabane du loueur de pédalos, la cabane en rondins. Sous l’auvent de planches grossièrement assemblées, il pourrait être là. Il a toujours aimé la regarder sans qu’elle le sache. Ou plus haut, derrière le bosquet de buis qui cache une statue de Diane. Ou dans la roue d’écureuil géante qui dévide indéfiniment, en été, les rires des gamins. Il pourrait être derrière, son regard filtrant entre les lattes, immobile, les mains dans les poches.

La douleur a légèrement reflué. Elle se met debout. Quand elle retire ses pieds de la boue, elle entend un léger bruit de succion et deux petites mares oblongues se forment aussitôt. Elle remonte le sentier bordé d’eucubas. Certains massifs portent des boules rouges parfaitement sphériques, luisantes. « Et-le-fruit-de-tes-entrailles-est-béni. » Elle arrive à la placette circulaire, là où le manège dresse sa tente de toile cirée vert sombre. Sur le toit en forme de cône, un creux rempli d’eau reflète l’argent plombé du ciel. « Poche des eaux. » Un filet d’eau dégouline jusqu’à terre, puis crée un ruisselet qui disparaît dans la boue. Deux rouges-gorges sautillent devant elle. « Egorgés. » La douleur ferraille de nouveau dans son ventre. Elle s’appuie contre le tronc d’un hêtre, doux et plissé comme la peau d’une bête. L’écorce est glacée, sombre, presque aussi sombre que le gant de cuir noir qui la caresse. Un jour, elle n’aura plus peur d’être observée à son insu, un jour elle sera libre de ses mouvements et de ses rêves, pour l’instant elle doit suivre les voies que d’autres ont tracées pour elle, et  obéir à leurs ordres silencieux. Contre elle-même, contre son corps, elle a une fois encore obtempéré. Ce n’est sûrement pas la dernière fois. Mais elle sait qu’un jour viendra où la lumière de ce ciel d’hiver qu’elle aime tant l’enveloppera de sa paix et qu’elle sera libre d’en jouir.

Il n’est pas venu, ou il viendra trop tard. Elle ne l’attend plus. Elle a froid mais la douleur a cessé. Elle remonte l’allée déserte, dépasse les grilles blanches sans jeter un regard au parc derrière elle.

 

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L’Invisible Elina, de Klaus Härö

C’est un film que j’ai découvert à « Mon premier festival », formidable manifestation de cinéma pour petits et grands enfants qui a lieu tous les ans aux vacances de la Toussaint. Il faut croire que j’ai gardé une âme d’enfant, car j’ai beaucoup aimé ce très beau film.

L’action se passe en Tornédalie, région frontalière entre la Finlande et la Suède, en 1952, nous est-il précisé… Elina, 9 ans, vit avec sa plus jeune soeur, un frère bébé et sa mère dans une ferme, au milieu d’un paysage somptueux et sauvage de bois de bouleaux et de marais. Quand le film commence, son père est mort depuis peu et elle-même sort d’une tuberculose qui a fait craindre pour sa vie.  Elle doit reprendre l’école après une longue absence et sera dans la classe de la sévère maîtresse principale, Tora Holm. Cette terrible femme, psychorigide et pleine de condescendance envers les pauvres, est magistralement interprétée par Bibi Andersson, une des égéries de Bergman, ce qui ne manque ni de charme ni d’émotion. Tora Holm s’est donné pour mission d’apprendre coûte que coûte aux enfants le suédois et pourchasse avec acharnement tout manquement à la règle : aucun enfant, à aucun moment, ne doit parler finnois. Or les petits paysans les plus pauvres ne savent pas le suédois. Elina, elle, est bilingue mais est indignée par sa cruauté et défend ceux qu’elle persécute. Le choc entre ces deux fortes personnalités sera explosif, et la maîtresse décide d’ignorer totalement Elina, qui désormais sera « invisible » pour elle.

Elina voue un culte à son père disparu, qu’elle pense retrouver quotidiennement dans les marais et auquel elle parle longuement, au grand dam de sa mère. Les scènes du marais sont magnifiques, la somptuosité de la lumière du Nord est superbement rendue et le retour à la ferme nous vaut des vrais Le Nain, voire des Rembrandt.

Bien sûr, tout s’arrangera car nous sommes dans un film destiné aux enfants et la méchante évoluera vers la fragilité et la douceur. La dureté n’était que le masque du sens du devoir qui muselle l’émotion, tout rentrera dans l’ordre après l’effondrement du personnage.

Il n’en reste pas moins qu’on ressent très bien le mépris qu’engendrait la pauvreté en ces temps pas si lointains, et combien on reprochait aux miséreux l’aide que l’Etat leur fournissait. On attendait d’eux reconnaissance et humilité. C’est justement à cette loi de gratitude soumise qu’Elina refuse d’obéir, elle réclame respect et attention et est prête à mourir plutôt qu’à y renoncer. Au contraire, on voit sa mère agenouillée dans les couloirs de l’école nettoyer à la serpillière le sol, humble, résignée, déférente lorsque Tora Holm s’adresse à elle, suppliante lorsqu’elle doit lui demander des chaussures pour sa fille aînée.

A la fin du film, chacun a trouvé sa place et la fillette peut enfin commencer un vrai deuil, apaisée, libérée du lien pathologique et mortifère à son père : pour la première fois, elle accepte d’aller au cimetière avec sa mère et sa soeur. Elle accepte de laisser son père dans la paix du caveau et sa jeune vie éclater de vigueur. Un très beau film, totalement méconnu en France.

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We Need to Talk about Kevin, de Lynne Ramsay

Il aurait vraiment fallu parler de Kevin. Avec son père, avec un psy, avec un éducateur. Eva, la jeune mère, a eu semble-t-il des difficultés à l’accueillir et à s’attacher à lui. C’est ce que suggère un flash-back qui nous la montre à la maternité, dans une chambre sinistre, au décor glacial. Elle regarde fixement devant elle, dévastée, et le père berce le bébé dans ses bras. Un peu plus tard, on la verra s’approcher au plus près d’un marteau-piqueur pour ne plus entendre les hurlements du bébé dans son laudau.

A huit ans, il porte toujours des couches.

Mais voilà, le père ne remarque rien, les psys n’existent pas en cette étrange contrée et il est apparemment possible de ne pas mettre son enfant à l’école pour cause d’encoprésie, sans que personne n’y trouve rien à redire… Cet éloignement de toute réalité sociale m’a personnellement empêchée d’entrer dans le film, d’y croire tout simplement. On a l’impression d’assister à un exercice de style, éprouvant, très éprouvant : nous allons souffrir avec la mère près de deux heures durant.

On le comprend dès la première minute à voir le voilage blanc de la fenêtre gonflé par le vent, puis aspiré, très inquiétant tout ça… Cette fenêtre rappelle celle d’où se jettera Trelkolsky, dans « Le Locataire » de Polanski, pour s’écraser dans la courette sinistre de son immeuble. Mince, serait-on allé voir sans le savoir un film d’horreur?

La séquence suivante ne va pas nous rassurer. C’est pourtant la vraie scène d’ouverture du film.

On y voit Tilda Swinton à Bunol (province de Valence) se rouler dans le jus orgiaque de la Tomatina, grande fête aux accents païens où les participants se battent ludiquement, au corps à corps, en se lançant des tomates bien mûres. Le spectacle, filmé en plongée, donne l’impression d’un gigantesque organisme vivant aux anneaux reptiliens baignant dans ce qui ressemble quand même drôlement à du sang et des sanies.

Le rouge sera le fil conducteur du film. On le retrouvera à chaque scène. Comme Lady Macbeth,  Eva ne parvient pas à effacer la peinture rouge de ses mains. Peinture dont elle essaie si difficilement de laver la façade de sa maison, barbouillée par ses nombreux persécuteurs, par ceux que l’horreur de l’acte de son fils criminel a rendus fous de rage et de désespoir.

Ses collègues ne sont pas au courant, semble-t-il, mais eux aussi sont hostiles. Cette noirceur généralisée ne laisse aucune place à l’espoir. L’homme qui est attiré par elle finit par l’insulter, sans que l’on comprenne au juste pourquoi.

Le montage du film participe de ce côté plutôt chichiteux. Les allers-retours présent-passé sont systématiques et vains. Ils soulignent sans fin la « mauvaiseté » du garçon puis du jeune homme, ils apportent toujours plus d’éléments d’alerte face à la tragédie en marche  – et jamais l’ombre d’un remède ne se profile. La déshumanisation des décors, les dialogues glaciaux, l’absence de toute bienveillance, de toute chaleur composent avec complaisance un environnement fatal qui finit par en devenir risible. Fatalité que vient renforcer une bande son oppressante, musique sinistre, sons de la séquence suivante démarrant à la fin de la scène en cours…

Dommage, car le thème est passionnant et terrifiant. Comment devient-on un monstre et peut-on arrêter le mal en marche quand il naît en notre propre sein, au coeur de ce qui nous est le plus cher? Un peu plus de nuance et d’empathie, et l’on assistait à un film captivant…

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Stéphane Hessel à La Grande Librairie: un vrai « Glückskind »!

François Busnel reçoit, jeudi 6 octobre 2011, Stéphane Hessel (qu’on ne présente plus), avec François Bizot (« Le Silence du bourreau ») et David Grossman (« Une femme fuyant l’annonce »). Une belle leçon d’histoire et de morale en perspective…

Stéphane Hessel a tout de l’adorable vieillard que la nature a doté d’un doux visage, souvent éclairé d’un malicieux sourire. Et voici que cet homme charmant nous parle, à propos de son dernier livre coécrit avec Edgar Morin, « Le Chemin de l’espérance », d’un des plus grands philosophes de notre temps, Walter Benjamin, qui mit fin à ses jours en septembre 1940 à Portbou, dans les Pyrénées-Orientales, à la frontière franco-espagnole. M. Hessel l’a rencontré quinze jours avant sa mort. C’était un ami de son père et, nous apprend-il, il était déprimé, il ne se remettait pas de ses « échecs universitaires »… Sans doute Stéphane Hessel ne souhaite-t-il pas nous ennuyer en nous rappelant que Walter Benjamin fut un immense philosophe, historien de l’art, critique littéraire, critique d’art et traducteur – notamment de Balzac, Baudelaire et Proust. Alors il ne précise pas tout ça.

Avant cette forte annonce, on avait une autre idée des raisons d’en finir de Walter Benjamin. L’horreur de la persécution subie en tant que juif en Allemagne, dès 1933, le désespoir de l’exil, de l’enfermement au camp de Vernuche près de Nevers, puis la crainte de se voir reconduire en France par le gouvernement espagnol et livrer aux nazis : on croyait que toutes ces petites choses avaient eu raison de ses dernières forces. « Echecs universitaires », c’était donc ça…

Est-ce la médiocrité de leurs résultats à l’école primaire qui poussa un Stefan Zweig, un Klaus Mann, un Primo Levi, un Ernst Toller et tant d’autres sans doute au suicide? L’effroyable indifférence de leurs contemporains, l’inextinguible haine de l’esprit et la chute de tout leur univers intellectuel (« Le Monde d’hier », comme Stefan Zweig intitula son autobiographie, postée à son éditeur une heure avant sa mort) n’ont pu pousser au désespoir ces âmes fortes et douces, ces écrivains reconnus. Sinon ça se saurait.

Par ailleurs et sans aucun rapport, il existe pour M. Hessel une merveilleuse raison, entre autres,  de croire en l’avenir: la persécution de l’homosexualité a, grâce à Dieu, disparu aujourd’hui. Si, si, il le dit, radieux, donc ça doit être vrai. Tant de carrières et de vies ont été brisées par cette haine du différent, mais, ouf, c’est fini! Hélas, faut-il lui rappeler que cependant, en pays tout à fait fréquentables, sans doute, elle continue à être punie de mort:Mauritanie, Nigeria, Soudan, Somalie, Arabie saoudite, Yémen, Iran? Sans parler de ceux, plus nombreux encore (Egypte, Kenya, Tanzanie…), où elle vaut à leurs auteurs des peines de prison de plusieurs années, dans les conditions qu’on imagine… Bon, mais je ne voudrais pas l’attrister, hein, n’en parlons plus.

On l’aime aussi tellement, Stéphane Hessel, parce qu’il a un vrai souci de ne jamais nous déranger ou nous peiner. Racontant avec son bon sourire sa capture et son internement à Buchenwald puis à Dora, et combien c’était horrible, bien sûr, il ne trouve à aucun moment l’occasion de citer le martyre juif. Pas une seule fois le mot « juif » d’ailleurs ne sera prononcé. C’est fort, non, quand on parle de Walter Benjamin ou des horreurs de la seconde guerre mondiale et des camps? Allez, M. Hessel, vous êtes trop délicat, trop gentil, les victimes juives, ouh la la, on en entend bien assez parler comme ça…

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L’Impératrice ou la féminité puissante

L’Impératrice est pour moi une carte ambiguë. On la dit celle de la féminité et de la séduction mêmes. Il me faut admettre que je perçois cette féminité comme légèrement dominatrice et ce charme comme parfois proche de la manipulation.

D’abord, je suis impressionnée par la place qu’elle prend au milieu de la carte. On ne voit vraiment qu’elle. Ensuite, elle regorge d’accessoires de la puissance. Le blason-bouclier, avec l’aigle aux ailes déployées, symbole de la force conquérante, mais aussi de l’esprit vainqueur de la matière, est fièrement arboré. Il est vrai qu’elle tient le sceptre qui la définit mollement appuyé sur son épaule, ce qui lui confère une certaine nonchalance. Rien à voir avec l’empereur, qui le brandit fièrement. J’aime son collier en forme de coupe, qui révèle combien l’affectif tient de place dans sa vie. La couronne est surmontée de rouge et de piquants, qui font penser qu’elle pense pour agir, qu’elle n’est pas une intellectuelle pure, comme la Papesse, mais qu’elle met son intelligence au service de l’action qu’elle envisage, au plus près de ses intérêts. La matière, symbolisée par la jupe rouge qu’enserre et « maîtrise » le tablier bleu, on la retrouve sur/dans sa tête. Créative, l’Impératrice l’est surtout pour l’élaboration de ses propres plans.

Mais le plus troublant pour moi demeure ce que la tradition indique comme étant un bénitier, à droite de l’image, à hauteur de ses fesses, sauf le respect que je lui dois. D’abord, que viendrait faire un bénitier sur un trône, de surcroît à cet endroit pour le moins insolite? J’y vois moi une aile, une aile d’ange ou d’oiseau : en tout cas, une créature céleste ou terrestre est bel et bien écrasée. L’Impératrice s’est assise dessus, tout simplement. C’est très étrange, d’autant que, du fait du blason-bouclier qu’elle enserre maternellement, de son ventre rebondi (la ceinture est haute, juste sous les seins), on en fait souvent le symbole de la maternité. Et je ne peux, du fait de cette petite aile qui annonce l’écrasement de … quoi?, au fait, on ne sait pas…, me départir de l’idée d’une maternité triomphante, maternité de puissance où la douceur animale du lien à l’enfant tient peu de place.

On l’aura compris, c’est une carte pour l’interprétation de laquelle l’environnement est fondamental. Bien « aspectée », avec l’Etoile, le Monde, le Jugement, le Soleil à ses côtés, elle indiquera une femme intelligente, chaleureuse, élégante physiquement et moralement, certes dans une certaine maîtrise, avec une autorité naturelle que renforce son charme. La beauté, les capacités de discernement, l’intuition lui ouvrent bien des portes. Attention, pour une personnalité si rayonnante, il faudra un Empereur. Un homme moins solaire risque de se faire écraser par elle…

Mais si l’Impératrice fraie avec le Mat ou le Bateleur,  elle annoncera de la fausseté, de l’hypocrisie, une coquetterie manipulatrice. Avec le Diable, elle pourra organiser des sortes de complots, lancer des rumeurs, distiller la médisance pour faire rendre gorge à ses ennemis. Avec la Maison-Dieu ou plus encore avec l’arcane XIII, elle pourra mettre en garde contre une réelle capacité de nuisance du consultant, qui n’en n’a pas forcément conscience, ou d’une personne de son entourage. Enfin, avec le Pendu, il faut s’attendre à une forme de passion pour l’ignorance, voire à la franche bêtise.

Mais me voici face aux côtés les plus sombres de l’Impératrice, il ne faudrait pas oublier qu’il s’agit d’une carte favorable, qui annonce en particulier l’arrivée de bonnes nouvelles, un arcane qui est excellent pour le commerce et tout ce qui concerne la communication et les contacts. Mais n’oubliez pas: vous ne ferez affaire avec l’Impératrice que si elle y trouve son compte.

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L’Etoile ou l’arcane de la sagesse amoureuse


J’aime l’Etoile, je crois bien que c’est ma carte de tarot préférée. Les amphores de Tempérance (arcane 14) sont là, elles déversent bien inutilement leur eau dans la rivière. Eau? Voire… Leurs philtres d’amour peut-être, ou leurs potions magiques, un fluide en tout cas qui relève plus de la magie que du « vain », car jeter de l’eau dans la rivière, est-ce bien raisonnable?

Mais c’est justement ça que j’aime dans L’Etoile. Elle annonce une douceur un peu déraisonnable ou bien le séduisant mystère d’une personnalité charismatique, qui s’ignore telle, peut-être, car L’Etoile est par-dessus discrète, effacée, elle déteste se montrer, « rouler des mécaniques ». C’est peu à peu qu’elle vous ensorcellera.

Quand elle se montre dans un jeu, je suis toujours joyeuse. Si elle « signe » (en apparaissant au milieu d’un tirage en croix) le questionnement d’une femme, il est réjouissant pour moi de savoir que cette femme-là est épanouie, merveilleusement à l’aise dans sa féminité, capable d’un abandon heureux et d’une véritable énergie, bienveillante et douce, capable de tout comprendre  et  aussi en mesure de se battre bec et ongles pour ses amours, ses valeurs, sa foi. Ce peut être aussi le signe d’une véritable évolution psychologique ou spirituelle, d’une démarche qui a permis de trouver la paix, la sérénité, enfin…

Face à une question « Que faire? », dans une situation tendue, L’Etoile invite au lâcher-prise, à  une délicieuse et si reposante attitude d’abandon, à une passivité heureuse. Non qu’elle soit synonyme de mollesse, simplement, en l’occurrence, elle invite à l’inaction. Faisant sienne en somme l’exhortation du plusieurs fois ministre sous la IIIe République et trois fois président du Conseil sous la IVe, Henri Queuille: « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout »…

Caractérisant un homme, elle annonce une grande douceur, une sensibilité extrême, ignorée, méconnue, cachée, au sujet lui-même d’ailleurs. Elle peut là aussi s’accompagner d’une grande énergie, d’une réelle virilité, mais jamais il ne faudra oublier que les sentiments de l’être sont entiers, sans fard, et donc qu’il est vulnérable, plus fragile que d’autres peut-être confronté au mensonge, à la rouerie.

Pour finir, face à une question strictement matérielle, L’Etoile annonce de la chance. Protection d’En-Haut, quel que soit le nom qu’on lui donne, une perspective s’ouvre pour le consultant, et voilà aussi la raison pour laquelle je me sens si contente! Mais il devra laisser de côté son besoin de maîtrise, de contrôle, de domination. Fais-moi confiance, lui dit  L’Etoile, et laisse-toi aller, sans démissionner, bien sûr, mais sois calme, car tout va bien se passer.

Dans quelques cas exceptionnels, très mal entourée (arcanes 9, 13, 15), L’Etoile sera synonyme de lâcheté, d’incapacité au moindre effort et annoncera pour le moins un tempérament par trop végétatif, de la paresse voire de la stupidité.

Pour moi et jusqu’à preuve du contraire, L’Etoile est une promesse de bonheur. Tout simplement.

 

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Le Bateleur ou le départ en chantant

Regardez-le celui-là, le jouvenceau impavide dans tout l’éclat de sa turbulente jeunesse. Il fait montre de tous ses talents et il joue. Il séduit et il gagne à tout coup. L’arcane sans nombre, le Mat, a posé à terre sa besace et sorti tous ses bibelots. Il joue au bonneteau et il vous escroquera si vous n’y prenez garde, mais au moins aurez-vous passé un bon moment. Mais attention , il peut partir d’une minute à l’autre et vous laisser désemparé, sans le sou et, éventuellement le coeur lourd d’un chagrin que vous aurez du mal à oublier. Car il est le charme et la gaieté même, il est l’ensorceleur innocent des âmes un peu sombres et le rire des enfants cruels sans le vouloir…

Lorsqu’il apparaît dans un tirage, prenons garde à qui l’entoure… S’il est bien accompagné, il sera éminemment bénéfique, apportant courage et optimisme. Avec lui se profilent du tonique et du nouveau, un nouveau départ, une nouvelle relation riche de promesses. Comme l’état amoureux, il est un moyen qui s’annonce, un des seuls faciles à atteindre, pour évoluer, changer de regard et de perspective. Il vous sort de l’immobilité et de l’émoussement : quel appétit de vivre il apporte et comme vous sentez renaître les projets les plus fous!

S’il est fâcheusement entouré, à côté de la Lune (arcane 18) ou de la Maison-Dieu (arcane 16), il règne sur un monde d’illusions, d’apparences, il séduit mais il trompe. Le consultant n’est alors guère avisé dans ses choix, nous dit le Tarot, ses conseillers manquent de profondeur ou d’expérience. Il doit de méfier de sa propre tendance à s’illusionner, à se raconter des histoires, voire se garder d’une certaine mythomanie dont il n’a pas forcément conscience…

Avec l’arcane 13, l’arcane Sans Nom, le danger est grand d’être trahi, spolié et laissé dans le plus grand désarroi. Sans préméditation, avec la seule insouciance des égoïstes que la vie presse d’avancer et qui n’ont guère le goût ni l’imagination pour se mettre à la place de l’autre…

Mais moi, je préfère tout de même attirer l’attention sur la lemniscate qui lui tient lieu de chapeau, cette courbe plane, ce huit allongé symbole de l’infini ou du perpétuel recommencement. C’est ce que j’aime en lui, l’éternel retour de toute chose, la vie qui reprend ses droits et son élan, envers et contre tout.

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