L’Impératrice ou la féminité puissante

L’Impératrice est pour moi une carte ambiguë. On la dit celle de la féminité et de la séduction mêmes. Il me faut admettre que je perçois cette féminité comme légèrement dominatrice et ce charme comme parfois proche de la manipulation.

D’abord, je suis impressionnée par la place qu’elle prend au milieu de la carte. On ne voit vraiment qu’elle. Ensuite, elle regorge d’accessoires de la puissance. Le blason-bouclier, avec l’aigle aux ailes déployées, symbole de la force conquérante, mais aussi de l’esprit vainqueur de la matière, est fièrement arboré. Il est vrai qu’elle tient le sceptre qui la définit mollement appuyé sur son épaule, ce qui lui confère une certaine nonchalance. Rien à voir avec l’empereur, qui le brandit fièrement. J’aime son collier en forme de coupe, qui révèle combien l’affectif tient de place dans sa vie. La couronne est surmontée de rouge et de piquants, qui font penser qu’elle pense pour agir, qu’elle n’est pas une intellectuelle pure, comme la Papesse, mais qu’elle met son intelligence au service de l’action qu’elle envisage, au plus près de ses intérêts. La matière, symbolisée par la jupe rouge qu’enserre et « maîtrise » le tablier bleu, on la retrouve sur/dans sa tête. Créative, l’Impératrice l’est surtout pour l’élaboration de ses propres plans.

Mais le plus troublant pour moi demeure ce que la tradition indique comme étant un bénitier, à droite de l’image, à hauteur de ses fesses, sauf le respect que je lui dois. D’abord, que viendrait faire un bénitier sur un trône, de surcroît à cet endroit pour le moins insolite? J’y vois moi une aile, une aile d’ange ou d’oiseau : en tout cas, une créature céleste ou terrestre est bel et bien écrasée. L’Impératrice s’est assise dessus, tout simplement. C’est très étrange, d’autant que, du fait du blason-bouclier qu’elle enserre maternellement, de son ventre rebondi (la ceinture est haute, juste sous les seins), on en fait souvent le symbole de la maternité. Et je ne peux, du fait de cette petite aile qui annonce l’écrasement de … quoi?, au fait, on ne sait pas…, me départir de l’idée d’une maternité triomphante, maternité de puissance où la douceur animale du lien à l’enfant tient peu de place.

On l’aura compris, c’est une carte pour l’interprétation de laquelle l’environnement est fondamental. Bien « aspectée », avec l’Etoile, le Monde, le Jugement, le Soleil à ses côtés, elle indiquera une femme intelligente, chaleureuse, élégante physiquement et moralement, certes dans une certaine maîtrise, avec une autorité naturelle que renforce son charme. La beauté, les capacités de discernement, l’intuition lui ouvrent bien des portes. Attention, pour une personnalité si rayonnante, il faudra un Empereur. Un homme moins solaire risque de se faire écraser par elle…

Mais si l’Impératrice fraie avec le Mat ou le Bateleur,  elle annoncera de la fausseté, de l’hypocrisie, une coquetterie manipulatrice. Avec le Diable, elle pourra organiser des sortes de complots, lancer des rumeurs, distiller la médisance pour faire rendre gorge à ses ennemis. Avec la Maison-Dieu ou plus encore avec l’arcane XIII, elle pourra mettre en garde contre une réelle capacité de nuisance du consultant, qui n’en n’a pas forcément conscience, ou d’une personne de son entourage. Enfin, avec le Pendu, il faut s’attendre à une forme de passion pour l’ignorance, voire à la franche bêtise.

Mais me voici face aux côtés les plus sombres de l’Impératrice, il ne faudrait pas oublier qu’il s’agit d’une carte favorable, qui annonce en particulier l’arrivée de bonnes nouvelles, un arcane qui est excellent pour le commerce et tout ce qui concerne la communication et les contacts. Mais n’oubliez pas: vous ne ferez affaire avec l’Impératrice que si elle y trouve son compte.

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