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	<title>Fabienne Grünfeld Clairambault &#187; mots</title>
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	<description>Quelques-uns de mes textes</description>
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		<title>Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, de Woody Allen</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Oct 2010 15:49:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Woody Allen, c&#8217;est comme tous ceux qu&#8217;on aime: on chérit leurs défauts presque autant que leurs qualités et on se dit que c&#8217;est sûrement passager, leurs petits travers. Donc, j&#8217;aime toujours Woody Allen, mais sa période anglaise, quand même&#8230; Donc &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/vous-allez-rencontrer-un-bel-et-sombre-inconnu-de-woody-allen">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2010/10/woody.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-882" title="woody" src="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2010/10/woody.jpg" alt="" width="760" height="506" /></a></p>
<p>Woody Allen, c&#8217;est comme tous ceux qu&#8217;on aime: on chérit leurs défauts presque autant que leurs qualités et on se dit que c&#8217;est sûrement passager, leurs petits travers. Donc, j&#8217;aime toujours Woody Allen, mais sa période anglaise, quand même&#8230;</p>
<p>Donc après l&#8217;enchantement un rien désespéré de &laquo;&nbsp;What ever works&nbsp;&raquo;, c&#8217;est vraiment le ravissement :&nbsp;&raquo;Vous allez rencontrer&#8230;&nbsp;&raquo; me semble doublement réussi.</p>
<p>D&#8217;abord la forme: des lumières à la Bergman, des acteurs merveilleusement dirigés, un montage habile qui nous trimbale de lieux en personnages sans cesse renouvelés, un vrai feu d&#8217;artifice de virtuosité.</p>
<p>Et puis l&#8217;histoire, ou plutôt les histoires. On joue à qui perd-gagne. Une vieille épouse abandonnée, un vieux qui se croit jeune, un auteur sans talent qui s&#8217;ennuie avec sa femme, laquelle, harcelée par sa mère dépressive,  ne trouve rien de mieux à faire que de l&#8217;encourager à suivre les conseils d&#8217;une voyante, très intéressée, etc. C&#8217;est le film gigogne, chaque personnage en cache un autre. Naïveté et imposture sont les maîtres-mots du récit. Imposture du &laquo;&nbsp;tendron&nbsp;&raquo; avide qui séduit le vieil homme, imposture de l&#8217;auteur raté qui vole un manuscrit à son ami qu&#8217;il croit mort, imposture, bien sûr, de la voyante, délicieusement compréhensive et follement cupide.</p>
<p>Les naïfs paient cher leur crédulité &#8211; sauf la vieille dame, que sa lubie new age va sortir de la dépression et de la solitude.</p>
<p>Impossible de résumer un film si foisonnant. Il faut le dire: c&#8217;est un film sans fin, juste une séquence dans la vie de quelques êtres qui sont reliés entre eux par les liens de la famille. On ne sait ce qu&#8217;ils deviendront, mais cela n&#8217;a, à mon sens, pas d&#8217;importance. On s&#8217;est régalé et la vie est ainsi. Sait-on où l&#8217;on va? Jamais. On sait seulement que les grosses erreurs ne peuvent plus être effacées. Dans &laquo;&nbsp;Le Désert des Tartares&nbsp;&raquo;, Dino Buzzati montre combien la jeunesse pense toujours pouvoir prendre n&#8217;importe quelle route, qu&#8217;il lui sera toujours possible de rebrousser chemin et de prendre une autre voie, à un croisement négligé jusqu&#8217;alors. Mais l&#8217;on se retrouve vieillard, on se retourne et tous les croisements ont mystérieusement disparu. La route s&#8217;étend à l&#8217;infini, derrière soi. Vide de chemins où bifurquer. Il ne reste plus qu&#8217;à avancer jusqu&#8217;à la mort.</p>
<p>Les héros de &laquo;&nbsp;Vous allez rencontrer&#8230;&nbsp;&raquo; sont saisis à ce moment où ils jettent un oeil en arrière et s&#8217;aperçoivent que toute bifurcation passé a disparu.</p>
<p>Alors, le spectateur rit, mais un peu jaune quand même.</p>
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		<title>Visites nocturnes</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Nov 2009 16:52:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter. Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/visites-nocturnes-2">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous nous réjouissons si fort de les voir que nous nous écrions : &laquo;&nbsp;Tu sais, j&#8217;ai fait l&#8217;affreux cauchemar que tu étais mort, quelle folie!&nbsp;&raquo; Et ils hochent leur vieille tête chenue, et leur regard bienveillant approuve: &laquo;&nbsp;Quelle folie!&#8230;&nbsp;&raquo;</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Alors nous pétrissons leur main douce et tiède, et nous leur disons comme ils sont beaux et lumineux avec leur visage reposé, et ils sont si heureux qu&#8217;on les choie et les dorlote, ils n&#8217;en reviennent pas. Les vieux morts n&#8217;ont pas été gâtés alors qu&#8217;ils vivaient, ils étaient gênants, encombrants, si lents dans le tourbillon de nos vies, un boulet qu&#8217;il fallait traîner. On ne voyait plus d&#8217;eux que leurs défauts, pis, tels des objets ils présentaient des inconvénients : tristesse, fatigue, dépendance absolue.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Là, nous avons du temps, nous pouvons tranquillement nous promener dans les avenues ombragées, en prenant garde qu&#8217;ils ne marchent pas du côté des voitures et qu&#8217;ils ne trébuchent pas. Leur bras si léger repose sur le nôtre et s&#8217;y agrippe lorsqu&#8217;ils butent sur une pierre ou tournent leur fragile cheville et manquent de tomber. Nous nous promenons lentement, et les paisibles frondaisons des parcs chuchotent à leurs oreilles des mots consolateurs, et nous nous penchons vers eux : &laquo;&nbsp;Tu entends comme les oiseaux chantent aujourd&#8217;hui? On les sent fous de joie.&nbsp;&raquo; Nous ne regardons pas nos montres, car aucun devoir ne nous appelle, nous sommes là pour caresser leur main tavelée et douce.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Quelquefois nous parlons à un mort d&#8217;un autre mort : &laquo;&nbsp;Tu sais, maman est morte, mais quel bonheur que, toi, tu sois bien en vie!&nbsp;&raquo; Alors, il est étonné, il ne savait pas, ça lui fait un drôle d&#8217;effet, et nous serrons son corps faible et osseux dans nos bras, car nous sentons bien comme ce mot a pour eux, les vieux morts, un trop proche écho. Nous les protégeons de nos corps sains et forts, de notre joie de vivre, nous formons un écran entre la terreur du néant et eux, et nous les sentons s&#8217;apaiser dans nos bras, tels des bébés rassasiés de lait et d&#8217;amour, et ils s&#8217;endorment enfin.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">F.Clairambault</div>
<p>Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter.</p>
<p>Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous nous réjouissons si fort de les voir que nous nous écrions : &laquo;&nbsp;Tu sais, j&#8217;ai fait l&#8217;affreux cauchemar que tu étais mort, quelle folie!&nbsp;&raquo; Et ils hochent leur vieille tête chenue, et leur regard bienveillant approuve: &laquo;&nbsp;Quelle folie!&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Alors nous pétrissons leur main douce et tiède, et nous leur disons comme ils sont beaux et lumineux avec leur visage reposé, et ils sont si heureux qu&#8217;on les choie et les dorlote, ils n&#8217;en reviennent pas. Les vieux morts n&#8217;ont pas été gâtés alors qu&#8217;ils vivaient, ils étaient gênants, encombrants, si lents dans le tourbillon de nos vies, un boulet qu&#8217;il fallait traîner. On ne voyait plus d&#8217;eux que leurs défauts, pis, tels des objets ils présentaient des inconvénients : tristesse, fatigue, dépendance absolue.</p>
<p>Là, nous avons du temps, nous pouvons tranquillement nous promener dans les avenues ombragées, en prenant garde qu&#8217;ils ne marchent pas du côté des voitures et qu&#8217;ils ne trébuchent pas. Leur bras si léger repose sur le nôtre et s&#8217;y agrippe lorsqu&#8217;ils butent sur une pierre ou tournent leur fragile cheville et manquent de tomber. Nous nous promenons lentement, et les paisibles frondaisons des parcs chuchotent à leurs oreilles des mots consolateurs, et nous nous penchons vers eux : &laquo;&nbsp;Tu entends comme les oiseaux chantent aujourd&#8217;hui? On les sent fous de joie.&nbsp;&raquo; Nous ne regardons pas nos montres, car aucun devoir ne nous appelle, nous sommes là pour caresser leur main tavelée et douce.</p>
<p>Quelquefois nous parlons à un mort d&#8217;un autre mort : &laquo;&nbsp;Tu sais, maman est morte, mais quel bonheur que, toi, tu sois bien en vie!&nbsp;&raquo; Alors, il est étonné, il ne savait pas, ça lui fait un drôle d&#8217;effet, et nous serrons son corps faible et osseux dans nos bras, car nous sentons bien comme ce mot a pour eux, les vieux morts, un trop proche écho. Nous les protégeons de nos corps sains et forts, de notre joie de vivre, nous formons un écran entre la terreur du néant et eux, et nous les sentons s&#8217;apaiser dans nos bras, tels des bébés rassasiés de lait et d&#8217;amour, et ils s&#8217;endorment enfin.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Histoire sans fin</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Oct 2009 17:15:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un filament transparent flotte devant ses paupières fermées, trace une courbe ténue, disparaît. Cris d&#8217;enfants. Odeur de l&#8217;herbe coupée. Une hirondelle a rayé le ciel de son cri strident. Le soleil chauffe la peau de sa nuque. Juste au-dessous des &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/histoire-sans-fin">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un filament transparent flotte devant ses paupières fermées, trace une courbe ténue, disparaît. Cris d&#8217;enfants. Odeur de l&#8217;herbe coupée. Une hirondelle a rayé le ciel de son cri strident.</p>
<p>Le soleil chauffe la peau de sa nuque. Juste au-dessous des cheveux relevés. Le journal posé sur ses genoux dégage une odeur suave d&#8217;encre et de papier chaud. Elle est si bien. Depuis combien d&#8217;années ne s&#8217;est-elle pas sentie si bien ? Elle passe la main sur la peau douce et fripée de ses joues.</p>
<p>La petite joue au sable, interminablement elle remplit le seau, le renverse, tape sur le fond de plastique, plaf, plaf, le soulève. La tour imparfaite se dresse, elle l&#8217;abat d&#8217;un coup de pelle jubilatoire.</p>
<p>Son coeur se serre. Cette scène, elle l&#8217;a déjà vécue, là sous le même soleil. Ses petits, ses petits à elle, jouaient, le cristal de leurs cris retentit à ses oreilles, elle respire l&#8217;odeur de leur peau quand ils venaient la retrouver, ivres de soleil et de rires, et qu&#8217;elle les embrassait. Ces petits-là ont disparu, engloutis par le temps, ces deux petits-là, le garçon blond et frisé, infatigable constructeur de barrages, et la fillette, si mate, si brune, si différente d&#8217;elle-même, la fidèle exécutrice des ordres de son frère. Et l&#8217;adorable bébé rieur, arrivé sur le tard comme dernier cadeau de la vie. Cadeau qu&#8217;on a peur de ne pas avoir mérité, parce que les forces déclinent et que le vent de la nuit, chaque soir, semble plus frais et moins éclatant le soleil de l&#8217;aube. Comme elle a eu peur, la petite dernière, de ne pas avoir la force de guider ses pas hésitants. Comme elle a craint de ne pas savoir trouver pour elle les mots pour dire l&#8217;obscurité qu&#8217;il faut traverser en chantant &#8211; pour fuir la peur.  Elle voudrait les serrer à nouveau dans ses bras, sentir leur chair ferme et parfumée et écouter leurs petites conversations.</p>
<p>Sa petite-fille est venue la rejoindre. Elle veut boire. Sa bouche s&#8217;arrondit sur le goulot de la gourde en plastique. Il faudra lui apprendre à boire normalement. Elle ressemble à son père, au petit garçon blond et frisé qu&#8217;il était, actif, calme, impérieux. Elle ressemble à son fils, son fils à elle, mais comment est-elle devenue une vieille dame alors qu&#8217;elle entend encore distinctement ses enfants s&#8217;appeler l&#8217;un l&#8217;autre? Une vieille dame comme sa mère, sa mère qu&#8217;elle croirait pourtant pouvoir retrouver chez elle, dans l&#8217;appartement blanc de Belleville, assise toute droite sur le canapé, les yeux dans le vague, perdue dans ses pensées, attendant, trop vieille pour tant de soleil, qu&#8217;elle, la jeune mère revienne. Une mouche volette dans un rai de lumière derrière le store baissé.</p>
<p>Encore une présence invisible. Sa mère repose au cimetière et pourtant elle chuchote à ses côtés, elle dit la ressemblance de cette petite-là, toute bouclée, avec les trois autres. Sa mère voit aussi la petite, c&#8217;est sûr, c&#8217;est sûr. Comme elle aimerait lui parler, dans cette lumière d&#8217;éternelle enfance, comme elle voudrait elle aussi remettre sa petite main froide dans la grande main qui n&#8217;est plus et attendre avec elle l&#8217;autobus qui n&#8217;existe plus pour rentrer à la maison, après la promenade au parc.</p>
<p>Cela ne finira jamais. Ce long chapelet de moments heureux, de moments volés au temps, et au travail, ces douces parenthèses incises dans le cheminement douloureux d&#8217;une vie qu&#8217;il a fallu construire. Dans la contrainte et le renoncement, aussi. Pourquoi a-t-elle dû attendre si longtemps cette plénitude ? Longtemps, sa jeunesse et sa maturité lui sont apparues comme un combat, une lutte contre un réel récalcitrant, avec une obsession : malgré tout, faire vivre la gaieté, conserver l&#8217;énergie.</p>
<p>Cette vibration, là. Comme elle la sent maintenant. Comme la vie est forte. On ne lui avait pas dit combien il est doux de vieillir et que, oui, oui, on retombe en enfance, dans l&#8217;insouciance palpitante de l&#8217;enfance. Les morts cheminent à vos côtés et les pas-encore-nés, les enfants de la petite, là, jambes irrisées de sable et robe tachée de grenadine. Elle n&#8217;aura été qu&#8217;un maillon, un passeur, un pont. Elle a peur que son vieux coeur éclate de joie.</p>
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		<title>Visites nocturnes</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Mar 2009 22:07:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand le  sommeil a plombé nos  membres  et muselé  notre conscience  bavarde, les  morts  viennent  nous visiter.</p>
<p>Ils sont doux et  tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et  nous, nous  ne  nous en  souvenons  pas non plus. Nous nous réjouissons si  fort  de  les voir que, plus  d&#8217;une fois, nous nous écrions: &laquo;&nbsp;Tu sais, j&#8217;ai fait l&#8217;affreux cauchemar  que tu étais mort,  quelle folie!&nbsp;&raquo; Et  ils hochent   leur vieille  tête  chenue, et  leur regard bienveillant  approuve: &laquo;&nbsp;Quelle folie!&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Alors nous pétrissons leur  main  douce et tiède, et nous leur disons comme ils  sont beaux  et  lumineux avec leur visage reposé, et ils  sont si heureux qu&#8217;on les choie et les dorlote, ils n&#8217;en reviennent pas. Les vieux morts n&#8217;ont pas été gâtés alors  qu&#8217;ils vivaient, ils étaient toujours gênants, encombrants, si lents dans le tourbillon de nos vies, un boulet  qu&#8217;il  fallait  traîner. On  ne voyait plus d&#8217;eux que leurs défauts, pis, comme des objets  ils présentaient  des  inconvénients: tristesse, fatigue, dépendance absolue.</p>
<p>Là, nous  avons du temps,  nous pouvons  tranquillement nous promener dans  les  avenues ombragées, en prenant  garde  qu&#8217;ils ne marchent pas du côté des voitures et  qu&#8217;ils ne  trébuchent pas. Leur bras si léger  repose sur le nôtre  et  s&#8217;y agrippe lorsqu&#8217;ils butent sur une pierre  ou tournent  leur fragile  cheville et  manquent de tomber. Nous  nous promenons lentement, et les  paisibles frondaisons des parcs chuchotent à leurs oreilles des mots consolateurs, et nous nous penchons  vers eux:&nbsp;&raquo;Tu entends comme  les oiseaux  chantent aujourd&#8217;hui ? On les sent fous de  joie.&nbsp;&raquo; Nous ne regardons pas nos montres,  car  aucun devoir ne nous appelle, nous sommes là pour caresser  leur  main  tavelée et  douce.</p>
<p>Quelquefois nous parlons à un  mort d&#8217;un autre mort : &laquo;&nbsp;Tu  sais, maman  est morte,  mais  quel  bonheur que,  toi, tu sois  bien  en vie!&nbsp;&raquo; Alors,  il  est étonné, il ne savait pas, ça lui fait un drôle d&#8217;effet,  et  nous serrons son corps  faible et osseux dans nos bras,  car nous sentons bien comme ce mot a pour eux, les vieux morts, un  trop proche écho. Nous les protégeons de nos corps sains et forts, de notre joie de vivre, nous formons un  écran entre  la terreur du néant et eux, et nous  les sentons s&#8217;apaiser dans nos  bras, tels des bébés rassasiés de lait et d&#8217;amour, et ils  s&#8217;endorment  enfin.</p>
<p style="text-align: right;">F.Clairambault</p>
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