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	<title>Fabienne Grünfeld Clairambault &#187; elle</title>
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	<description>Quelques-uns de mes textes</description>
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		<title>Lune de miel à Venise</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Dec 2010 21:57:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il lui avait dit : &#171;&#160;Je t&#8217;emmènerai dans un palais vénitien donnant sur le Canal.&#160;&#187; Avec lui, elle n&#8217;avait connu que les hôtels Campanile et Ibis de la banlieue parisienne. Dans l&#8217;un d&#8217;eux, des vues de Venise étaient accrochées dans &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/lune-de-miel-a-venise">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2010/12/voir-venise-et.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-823" title="voir-venise-et" src="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2010/12/voir-venise-et-300x224.jpg" alt="" width="300" height="224" /></a>Il lui avait dit : &laquo;&nbsp;Je t&#8217;emmènerai dans un palais vénitien donnant sur le Canal.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Avec lui, elle n&#8217;avait connu que les hôtels Campanile et Ibis de la banlieue parisienne. Dans l&#8217;un d&#8217;eux, des vues de Venise étaient accrochées dans la chambre. Ça lui avait fait drôle.</p>
<p>Elle ne savait pas bien ce qui l&#8217;avait bouleversée dans cet homme-là. Peut-être qu&#8217;il fût si grand. Elle se sentait redevenir une petite fille avec lui. Peu après leur rencontre, des images de son enfance lui étaient revenues d&#8217;une façon obsédante. Son père de retour du travail, trempé de la pluie traversée à scooter. Il la prenait dans ses bras, l&#8217;élevait au-dessus de lui. &laquo;&nbsp;Bonsoir, ma petite princesse.&nbsp;&raquo; Il la frottait contre ses joues râpeuses, elle sentait son odeur d&#8217;homme, elle restait là, dans le creux de son épaule, longtemps. Aucun danger ne pourrait l&#8217;atteindre.</p>
<p>1,95 m. Pour lui parler, lorsqu&#8217;ils étaient côte à côte, elle devait lever la tête. Assise en face de lui, elle était désarçonnée par son regard à hauteur du sien. Il la contemplait avec calme, douceur et détermination. Elle avait cru que ce regard-là lui était spécialement consacré. Par la suite, elle avait pu constater, incrédule, que c&#8217;était le regard qu&#8217;il destinait aux femmes. A toutes les femmes. Sans distinction d&#8217;âge, de condition sociale ou de beauté. De ce point de vue, il faisait preuve d&#8217;un remarquable sens de l&#8217;égalité. Elle avait compris qu&#8217;elle n&#8217;était en aucune façon privilégiée. C&#8217;était le lot commun.</p>
<p>Il lui avait semblé bizarre qu&#8217;il lui proposât l&#8217;hôtel dès leur premier rendez-vous d&#8217;amour. Il se proclamait célibataire, pour ne pas dire esseulé. Mais son appartement était dans un désordre si monstrueux, impossible d&#8217;y amener une femme aussi raffinée qu&#8217;elle. Elle n&#8217;avait pas creusé la question. Seul lui importait de pouvoir enfin caresser ce grand corps désiré et de s&#8217;enrouler avec lui dans le désordre délicieux d&#8217;un lit d&#8217;amants.</p>
<p>Pendant près de deux mois, ses pieds n&#8217;avaient pas touché terre. Elle volait littéralement. L&#8217;enfant d&#8217;habitude si lourd, qu&#8217;il fallait porter sur le chemin de l&#8217;école ne pesait plus dans ses bras. Elle lui murmurait à l&#8217;oreille : &laquo;&nbsp;Mais comment ma grosse Poussinette peut-elle être devenue légère comme une plume?&nbsp;&raquo; L&#8217;enfant riait. Elle avait l&#8217;impression qu&#8217;elle ne l&#8217;avait jamais autant aimée.</p>
<p>Elle ne posait pas de questions. Elle se contentait d&#8217;obéir à son désir à lui, auquel se superposait immédiatement le sien. Il lui avait dit qu&#8217;il aimait sa placidité, qu&#8217;elle n&#8217;ait aucune de ses exigences qui rendaient la vie avec les femmes parfois si étouffante. Ça lui avait donné à penser. Il ne vivait pas avec elle. Il ne voulait connaître ni sa maison ni ses enfants. Il l&#8217;appelait quand il avait le désir d&#8217;elle. Ses amies, celles du moins qu&#8217;elle avait mises au courant, ses vieilles amies avec qui elle avait tant partagé, disaient : &laquo;&nbsp;Il te siffle.&nbsp;&raquo; Ça lui était égal.</p>
<p>Il avait des amies lui aussi, beaucoup d&#8217;amies qu&#8217;il appelait ses &laquo;&nbsp;copines&nbsp;&raquo;. Pour elles, il était toujours merveilleusement disponible, aidait l&#8217;une à déménager, consolait l&#8217;autre d&#8217;un chagrin d&#8217;amour, accompagnait la troisième à la clinique. Elle avait une collègue, une jolie jeune femme mutine qui passait ses vacances non loin de Strasbourg, sa ville natale à lui. Il avait décidé de lui rendre visite au printemps puisqu&#8217;il serait dans sa famille à ce moment-là. Il n&#8217;avait qu&#8217;entrevu cette collègue avec elle au cours d&#8217;une soirée, ça lui donnerait l&#8217;occasion de faire plus ample connaissance. Elle lui avait dit : &laquo;&nbsp;Je préférerais que tu n&#8217;ailles pas la voir. Ça me rend malheureuse. C&#8217;est une collègue que tu connais à peine, tu es l&#8217;homme que j&#8217;aime, que vous vous voyiez un soir à des centaines de kilomètres de moi, ce n&#8217;est pas si naturel. S&#8217;il te plaît, va voir tes vieilles copines, tes copains, ta famille, pas elle&#8230;&nbsp;&raquo; Il n&#8217;avait rien voulu entendre, avait trouvé sa jalousie ridicule, déplacée. Par la suite, il continua à la voir  régulièrement à Paris, ils aimaient bien parler ensemble de Strasbourg. Elle ne connaissait pas cette ville, il ne lui avait jamais proposé de l&#8217;accompagner dans ses escapades familiales.</p>
<p>Ils se voyaient par intermittence. Parfois, il partait pour des missions à l&#8217;étranger. Elle appréciait ces vacances sentimentales, se consacrait alors corps et âme à ses enfants, c&#8217;était d&#8217;une certaine façon reposant. Mais une fois, il n&#8217;avait plus donné signe de vie pendant près d&#8217;un mois, sans explication. Il était injoignable, elle tombait constamment sur son répondeur. Elle avait enfreint son interdiction, l&#8217;avait appelé à son travail, mais sa secrétaire lui avait expliqué gentiment qu&#8217;il était en réunion ou, une autre fois, qu&#8217;il  n&#8217;était pas encore arrivé, ou déjà parti. Pendant plusieurs jours, elle avait promené sa douleur comme un enfant malade à travers la ville, elle avait essayé de la distraire avec le cinéma, l&#8217;animation des grandes artères. Elle l&#8217;avait emmenée en dehors de la ville, tentant de lui faire admirer les paysages qu&#8217;elle aimait, le soleil couchant sur le fleuve, le friselis des roseaux sous la brise, mais la douleur ne bougeait pas, elle était là, lourde comme un cadavre d&#8217;animal. Alors elle s&#8217;était couchée avec elle, la berçant de chants venus du plus loin de son enfance, de comptines, de mélopées.</p>
<p>Il avait enfin appelé : il avait été malade, avait sans doute trop bu, puis s&#8217;était senti si mal qu&#8217;il n&#8217;avait pas trouvé le courage de se manifester avant. Ça ne faisait rien, il était là, c&#8217;était l&#8217;essentiel, elle avait immédiatement repris vie, elle avait couru vers lui. Elle  n&#8217;avait pas le choix, elle l&#8217;aimait trop pour lui en vouloir. Elle ne connaissait pas le ressentiment envers lui. Mais depuis, la douleur demeurait, une douleur sourde, discrète, comme une présence un peu lourde en permanence à ses côtés. Elle continuait à le voir quand il le demandait. Elle se rendait disponible, très tôt le matin, très tard le soir, annulait des rendez-vous professionnels, décommandait des dîners amicaux, jonglait avec les baby-sitters. Elle prenait ce qu&#8217;il lui donnait sans demander une miette de plus. Elle sentait que ce serait inutile. Et puis elle ne savait pas composer ces scènes-là ; le goût du pathétique lui était inconnu. Elle se serait sentie tellement ridicule&#8230;</p>
<p>Plusieurs fois, il lui avait fait faux bond. Il l&#8217;avait prévenue alors qu&#8217;elle était déjà en route vers lui, le coeur battant, ivre du bonheur de le retrouver bientôt.  Parfois, il ne la prévenait pas du tout.</p>
<p>Et voilà qu&#8217;aujourd&#8217;hui, à nouveau, elle l&#8217;attendait en vain dans leur café, celui où pour la première fois il lui avait déclaré son désir. Il ne viendrait pas, elle le savait. Le soleil brûlait délicieusement sa peau fragile de blonde. Ses enfants étaient chez sa mère, à la campagne, elle les imaginait courant à travers les folles avoines du champ derrière la maison. Comme elle aurait aimé les serrer dans ses bras, respirer leur odeur de savon et de linge propre, écouter leurs récits incohérents, dévorer avec eux les tartines de pain beurré de son enfance. Il y a longtemps, un homme lui avait parlé de l&#8217;emmener à Venise, dans un palais donnant sur le Canal. Parmi les riches étoffes chamarrées, ils auraient longuement, lentement fait l&#8217;amour et se seraient enfin endormis dans le vrombissement ouaté des vaporettos. Cet homme-là était mort, et puis c&#8217;était il y a si longtemps, déjà elle ne se souvenait plus bien, il lui restait une vague angoisse autour du coeur que la splendeur de la lumière estivale desserrait peu à peu.</p>
<p>Une paix tombait sur elle, une affection qu&#8217;elle sentait naître pour elle-même, une tendresse : comme une mère, elle se penchait sur l&#8217;enfant blessé en elle. &laquo;&nbsp;Ne t&#8217;en fais pas, il ne te fera plus souffrir, plus jamais. Ne pleure plus, c&#8217;est fini.&nbsp;&raquo; Elle se passa la main sur le visage, se caressa la joue, elle sentit se dessiner, à travers les larmes, son sourire de fée, comme disait son père lorsqu&#8217;il la voyait retrouver sa gaieté après un gros chagrin  d&#8217;enfant. Paralysée par sa fatigue et la touffeur d&#8217;août, elle entendit chanter au plus profond d&#8217;elle l&#8217;allégresse de la libération.</p>
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		<title>Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, de Woody Allen</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Oct 2010 15:49:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Woody Allen, c&#8217;est comme tous ceux qu&#8217;on aime: on chérit leurs défauts presque autant que leurs qualités et on se dit que c&#8217;est sûrement passager, leurs petits travers. Donc, j&#8217;aime toujours Woody Allen, mais sa période anglaise, quand même&#8230; Donc &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/vous-allez-rencontrer-un-bel-et-sombre-inconnu-de-woody-allen">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2010/10/woody.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-882" title="woody" src="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2010/10/woody.jpg" alt="" width="760" height="506" /></a></p>
<p>Woody Allen, c&#8217;est comme tous ceux qu&#8217;on aime: on chérit leurs défauts presque autant que leurs qualités et on se dit que c&#8217;est sûrement passager, leurs petits travers. Donc, j&#8217;aime toujours Woody Allen, mais sa période anglaise, quand même&#8230;</p>
<p>Donc après l&#8217;enchantement un rien désespéré de &laquo;&nbsp;What ever works&nbsp;&raquo;, c&#8217;est vraiment le ravissement :&nbsp;&raquo;Vous allez rencontrer&#8230;&nbsp;&raquo; me semble doublement réussi.</p>
<p>D&#8217;abord la forme: des lumières à la Bergman, des acteurs merveilleusement dirigés, un montage habile qui nous trimbale de lieux en personnages sans cesse renouvelés, un vrai feu d&#8217;artifice de virtuosité.</p>
<p>Et puis l&#8217;histoire, ou plutôt les histoires. On joue à qui perd-gagne. Une vieille épouse abandonnée, un vieux qui se croit jeune, un auteur sans talent qui s&#8217;ennuie avec sa femme, laquelle, harcelée par sa mère dépressive,  ne trouve rien de mieux à faire que de l&#8217;encourager à suivre les conseils d&#8217;une voyante, très intéressée, etc. C&#8217;est le film gigogne, chaque personnage en cache un autre. Naïveté et imposture sont les maîtres-mots du récit. Imposture du &laquo;&nbsp;tendron&nbsp;&raquo; avide qui séduit le vieil homme, imposture de l&#8217;auteur raté qui vole un manuscrit à son ami qu&#8217;il croit mort, imposture, bien sûr, de la voyante, délicieusement compréhensive et follement cupide.</p>
<p>Les naïfs paient cher leur crédulité &#8211; sauf la vieille dame, que sa lubie new age va sortir de la dépression et de la solitude.</p>
<p>Impossible de résumer un film si foisonnant. Il faut le dire: c&#8217;est un film sans fin, juste une séquence dans la vie de quelques êtres qui sont reliés entre eux par les liens de la famille. On ne sait ce qu&#8217;ils deviendront, mais cela n&#8217;a, à mon sens, pas d&#8217;importance. On s&#8217;est régalé et la vie est ainsi. Sait-on où l&#8217;on va? Jamais. On sait seulement que les grosses erreurs ne peuvent plus être effacées. Dans &laquo;&nbsp;Le Désert des Tartares&nbsp;&raquo;, Dino Buzzati montre combien la jeunesse pense toujours pouvoir prendre n&#8217;importe quelle route, qu&#8217;il lui sera toujours possible de rebrousser chemin et de prendre une autre voie, à un croisement négligé jusqu&#8217;alors. Mais l&#8217;on se retrouve vieillard, on se retourne et tous les croisements ont mystérieusement disparu. La route s&#8217;étend à l&#8217;infini, derrière soi. Vide de chemins où bifurquer. Il ne reste plus qu&#8217;à avancer jusqu&#8217;à la mort.</p>
<p>Les héros de &laquo;&nbsp;Vous allez rencontrer&#8230;&nbsp;&raquo; sont saisis à ce moment où ils jettent un oeil en arrière et s&#8217;aperçoivent que toute bifurcation passé a disparu.</p>
<p>Alors, le spectateur rit, mais un peu jaune quand même.</p>
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		<title>Visites nocturnes</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Nov 2009 16:52:16 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter. Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/visites-nocturnes-2">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous nous réjouissons si fort de les voir que nous nous écrions : &laquo;&nbsp;Tu sais, j&#8217;ai fait l&#8217;affreux cauchemar que tu étais mort, quelle folie!&nbsp;&raquo; Et ils hochent leur vieille tête chenue, et leur regard bienveillant approuve: &laquo;&nbsp;Quelle folie!&#8230;&nbsp;&raquo;</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Alors nous pétrissons leur main douce et tiède, et nous leur disons comme ils sont beaux et lumineux avec leur visage reposé, et ils sont si heureux qu&#8217;on les choie et les dorlote, ils n&#8217;en reviennent pas. Les vieux morts n&#8217;ont pas été gâtés alors qu&#8217;ils vivaient, ils étaient gênants, encombrants, si lents dans le tourbillon de nos vies, un boulet qu&#8217;il fallait traîner. On ne voyait plus d&#8217;eux que leurs défauts, pis, tels des objets ils présentaient des inconvénients : tristesse, fatigue, dépendance absolue.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Là, nous avons du temps, nous pouvons tranquillement nous promener dans les avenues ombragées, en prenant garde qu&#8217;ils ne marchent pas du côté des voitures et qu&#8217;ils ne trébuchent pas. Leur bras si léger repose sur le nôtre et s&#8217;y agrippe lorsqu&#8217;ils butent sur une pierre ou tournent leur fragile cheville et manquent de tomber. Nous nous promenons lentement, et les paisibles frondaisons des parcs chuchotent à leurs oreilles des mots consolateurs, et nous nous penchons vers eux : &laquo;&nbsp;Tu entends comme les oiseaux chantent aujourd&#8217;hui? On les sent fous de joie.&nbsp;&raquo; Nous ne regardons pas nos montres, car aucun devoir ne nous appelle, nous sommes là pour caresser leur main tavelée et douce.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Quelquefois nous parlons à un mort d&#8217;un autre mort : &laquo;&nbsp;Tu sais, maman est morte, mais quel bonheur que, toi, tu sois bien en vie!&nbsp;&raquo; Alors, il est étonné, il ne savait pas, ça lui fait un drôle d&#8217;effet, et nous serrons son corps faible et osseux dans nos bras, car nous sentons bien comme ce mot a pour eux, les vieux morts, un trop proche écho. Nous les protégeons de nos corps sains et forts, de notre joie de vivre, nous formons un écran entre la terreur du néant et eux, et nous les sentons s&#8217;apaiser dans nos bras, tels des bébés rassasiés de lait et d&#8217;amour, et ils s&#8217;endorment enfin.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">F.Clairambault</div>
<p>Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter.</p>
<p>Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous nous réjouissons si fort de les voir que nous nous écrions : &laquo;&nbsp;Tu sais, j&#8217;ai fait l&#8217;affreux cauchemar que tu étais mort, quelle folie!&nbsp;&raquo; Et ils hochent leur vieille tête chenue, et leur regard bienveillant approuve: &laquo;&nbsp;Quelle folie!&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Alors nous pétrissons leur main douce et tiède, et nous leur disons comme ils sont beaux et lumineux avec leur visage reposé, et ils sont si heureux qu&#8217;on les choie et les dorlote, ils n&#8217;en reviennent pas. Les vieux morts n&#8217;ont pas été gâtés alors qu&#8217;ils vivaient, ils étaient gênants, encombrants, si lents dans le tourbillon de nos vies, un boulet qu&#8217;il fallait traîner. On ne voyait plus d&#8217;eux que leurs défauts, pis, tels des objets ils présentaient des inconvénients : tristesse, fatigue, dépendance absolue.</p>
<p>Là, nous avons du temps, nous pouvons tranquillement nous promener dans les avenues ombragées, en prenant garde qu&#8217;ils ne marchent pas du côté des voitures et qu&#8217;ils ne trébuchent pas. Leur bras si léger repose sur le nôtre et s&#8217;y agrippe lorsqu&#8217;ils butent sur une pierre ou tournent leur fragile cheville et manquent de tomber. Nous nous promenons lentement, et les paisibles frondaisons des parcs chuchotent à leurs oreilles des mots consolateurs, et nous nous penchons vers eux : &laquo;&nbsp;Tu entends comme les oiseaux chantent aujourd&#8217;hui? On les sent fous de joie.&nbsp;&raquo; Nous ne regardons pas nos montres, car aucun devoir ne nous appelle, nous sommes là pour caresser leur main tavelée et douce.</p>
<p>Quelquefois nous parlons à un mort d&#8217;un autre mort : &laquo;&nbsp;Tu sais, maman est morte, mais quel bonheur que, toi, tu sois bien en vie!&nbsp;&raquo; Alors, il est étonné, il ne savait pas, ça lui fait un drôle d&#8217;effet, et nous serrons son corps faible et osseux dans nos bras, car nous sentons bien comme ce mot a pour eux, les vieux morts, un trop proche écho. Nous les protégeons de nos corps sains et forts, de notre joie de vivre, nous formons un écran entre la terreur du néant et eux, et nous les sentons s&#8217;apaiser dans nos bras, tels des bébés rassasiés de lait et d&#8217;amour, et ils s&#8217;endorment enfin.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Histoire sans fin</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Oct 2009 17:15:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un filament transparent flotte devant ses paupières fermées, trace une courbe ténue, disparaît. Cris d&#8217;enfants. Odeur de l&#8217;herbe coupée. Une hirondelle a rayé le ciel de son cri strident. Le soleil chauffe la peau de sa nuque. Juste au-dessous des &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/histoire-sans-fin">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un filament transparent flotte devant ses paupières fermées, trace une courbe ténue, disparaît. Cris d&#8217;enfants. Odeur de l&#8217;herbe coupée. Une hirondelle a rayé le ciel de son cri strident.</p>
<p>Le soleil chauffe la peau de sa nuque. Juste au-dessous des cheveux relevés. Le journal posé sur ses genoux dégage une odeur suave d&#8217;encre et de papier chaud. Elle est si bien. Depuis combien d&#8217;années ne s&#8217;est-elle pas sentie si bien ? Elle passe la main sur la peau douce et fripée de ses joues.</p>
<p>La petite joue au sable, interminablement elle remplit le seau, le renverse, tape sur le fond de plastique, plaf, plaf, le soulève. La tour imparfaite se dresse, elle l&#8217;abat d&#8217;un coup de pelle jubilatoire.</p>
<p>Son coeur se serre. Cette scène, elle l&#8217;a déjà vécue, là sous le même soleil. Ses petits, ses petits à elle, jouaient, le cristal de leurs cris retentit à ses oreilles, elle respire l&#8217;odeur de leur peau quand ils venaient la retrouver, ivres de soleil et de rires, et qu&#8217;elle les embrassait. Ces petits-là ont disparu, engloutis par le temps, ces deux petits-là, le garçon blond et frisé, infatigable constructeur de barrages, et la fillette, si mate, si brune, si différente d&#8217;elle-même, la fidèle exécutrice des ordres de son frère. Et l&#8217;adorable bébé rieur, arrivé sur le tard comme dernier cadeau de la vie. Cadeau qu&#8217;on a peur de ne pas avoir mérité, parce que les forces déclinent et que le vent de la nuit, chaque soir, semble plus frais et moins éclatant le soleil de l&#8217;aube. Comme elle a eu peur, la petite dernière, de ne pas avoir la force de guider ses pas hésitants. Comme elle a craint de ne pas savoir trouver pour elle les mots pour dire l&#8217;obscurité qu&#8217;il faut traverser en chantant &#8211; pour fuir la peur.  Elle voudrait les serrer à nouveau dans ses bras, sentir leur chair ferme et parfumée et écouter leurs petites conversations.</p>
<p>Sa petite-fille est venue la rejoindre. Elle veut boire. Sa bouche s&#8217;arrondit sur le goulot de la gourde en plastique. Il faudra lui apprendre à boire normalement. Elle ressemble à son père, au petit garçon blond et frisé qu&#8217;il était, actif, calme, impérieux. Elle ressemble à son fils, son fils à elle, mais comment est-elle devenue une vieille dame alors qu&#8217;elle entend encore distinctement ses enfants s&#8217;appeler l&#8217;un l&#8217;autre? Une vieille dame comme sa mère, sa mère qu&#8217;elle croirait pourtant pouvoir retrouver chez elle, dans l&#8217;appartement blanc de Belleville, assise toute droite sur le canapé, les yeux dans le vague, perdue dans ses pensées, attendant, trop vieille pour tant de soleil, qu&#8217;elle, la jeune mère revienne. Une mouche volette dans un rai de lumière derrière le store baissé.</p>
<p>Encore une présence invisible. Sa mère repose au cimetière et pourtant elle chuchote à ses côtés, elle dit la ressemblance de cette petite-là, toute bouclée, avec les trois autres. Sa mère voit aussi la petite, c&#8217;est sûr, c&#8217;est sûr. Comme elle aimerait lui parler, dans cette lumière d&#8217;éternelle enfance, comme elle voudrait elle aussi remettre sa petite main froide dans la grande main qui n&#8217;est plus et attendre avec elle l&#8217;autobus qui n&#8217;existe plus pour rentrer à la maison, après la promenade au parc.</p>
<p>Cela ne finira jamais. Ce long chapelet de moments heureux, de moments volés au temps, et au travail, ces douces parenthèses incises dans le cheminement douloureux d&#8217;une vie qu&#8217;il a fallu construire. Dans la contrainte et le renoncement, aussi. Pourquoi a-t-elle dû attendre si longtemps cette plénitude ? Longtemps, sa jeunesse et sa maturité lui sont apparues comme un combat, une lutte contre un réel récalcitrant, avec une obsession : malgré tout, faire vivre la gaieté, conserver l&#8217;énergie.</p>
<p>Cette vibration, là. Comme elle la sent maintenant. Comme la vie est forte. On ne lui avait pas dit combien il est doux de vieillir et que, oui, oui, on retombe en enfance, dans l&#8217;insouciance palpitante de l&#8217;enfance. Les morts cheminent à vos côtés et les pas-encore-nés, les enfants de la petite, là, jambes irrisées de sable et robe tachée de grenadine. Elle n&#8217;aura été qu&#8217;un maillon, un passeur, un pont. Elle a peur que son vieux coeur éclate de joie.</p>
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		<title>Un genre de théâtre</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Oct 2009 16:40:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[3/3/2002. Un restaurant italien. Décor chaleureux. Lumière douce. Ambiance feutrée. Elle, élégante, cheveux sombres au carré. Bronzée, souriante. Lui, chemise blanche sans cravate, brun, cheveux flous, l&#8217;air plutôt réservé. H (d&#8217;une voix douce et basse) : Tu sais, ces séances &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/un-genre-de-theatre">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>3/3/2002.</p>
<p>Un restaurant italien. Décor chaleureux. Lumière douce. Ambiance feutrée.</p>
<p>Elle, élégante, cheveux sombres au carré. Bronzée, souriante.</p>
<p>Lui, chemise blanche sans cravate, brun, cheveux flous, l&#8217;air plutôt réservé.</p>
<p>H (d&#8217;une voix douce et basse) : Tu sais, ces séances de groupe, c&#8217;est vraiment précieux pour moi.</p>
<p>F (aimablement) :  Mais comment ça se passe, au juste ?</p>
<p>H : C&#8217;est difficile à décrire&#8230;</p>
<p>F  : Tu peux peut-être essayer quand même. Ca consiste en quoi ? On m&#8217;a dit que cela faisait un bien fou, mais au fond je ne sais pas de quoi il s&#8217;agit.</p>
<p>H (s&#8217;animant) : Eh bien, tu vois, par exemple, si j&#8217;ai vécu quelque chose de douloureux dans la journée, je vais essayer de le raconter&#8230; et, même, de le revivre&#8230; (Il leur verse du vin à tous les deux).</p>
<p>F (calmement) : Ca, tu peux le faire avec moi, ou avec un ami&#8230;</p>
<p>H : Oui, mais ce sont des choses très fines, qui sont dures à exprimer&#8230;</p>
<p>F : Je vois&#8230;</p>
<p>H : Et puis, ensuite, quelqu&#8217;un va mimer ce que j&#8217;ai raconté, enfin, jouer le rôle de l&#8217;agresseur, entre guillemets, enfin&#8230;, si c&#8217;est un épisode où il y a eu un agresseur supposé.</p>
<p>F : Tu peux changer les rôles ?</p>
<p>H : Oui, bien sûr, je peux aussi jouer l&#8217;agresseur et quelqu&#8217;un va jouer moi.</p>
<p>F (simplement interrogative) : C&#8217;est un genre de théâtre, alors ?</p>
<p>H : (Silence) &#8230;</p>
<p>Il a pris le verre rempli d&#8217;un vin grenat  et il boit lentement. Ses yeux restent baissés. Quand il lève le regard, il s&#8217;aperçoit qu&#8217;elle le fixe avec intensité.</p>
<p>F (troublée par son silence) : Enfin, du théâtre dans le genre catharsis, je veux dire&#8230;</p>
<p>H (d&#8217;une voix douce et basse) : Tu sais, ça joue sur des émotions très fines, ça n&#8217;a rien d&#8217;hystérique. Ca me réconcilie avec mes émotions. (Il sourit avec un air de s&#8217;excuser.)</p>
<p>Elle fait un sort aux calamars à la tomate. Elle les découpe, les cisèle avec une mine appliquée avant de les avaler avec jubilation. Une grande lampée de lambrosco. Elle lui sourit d&#8217;un air ravi.</p>
<p>F : Tu es tellement sensible, c&#8217;est ce qui est adorable chez toi.</p>
<p>H : Mais ça ne vaut pas que pour moi, tout le monde en profite, tout le monde profite des émotions de tout le monde.</p>
<p>F (les yeux baissés vers son assiette, occupée à manger, conciliante)  : Oui, oui, c&#8217;est bien ce que je dis, comme au théâtre.</p>
<p>H : (Silence)&#8230;</p>
<p>Il fixe son assiette, se tient parfaitement immobile.</p>
<p>F (sans acrimonie) : En tout cas, j&#8217;ai l&#8217;impression que tu ne peux plus t&#8217;en passer. La vraie vie, c&#8217;est ce qui se passe là-bas, dans les groupes. Les vraies émotions, c&#8217;est là-bas que tu les as. Ailleurs, la vie est fade, non ?</p>
<p>H (seulement légèrement impatienté, d&#8217;une voix toujours douce) :  Je t&#8217;ai dit que ça n&#8217;avait rien à voir avec du théâtre, du spectaculaire. Je ne suis pas devenu un acteur, et je ne me défoule pas non plus. Ces stages, c&#8217;est toi qui m&#8217;en as parlé. C&#8217;est douloureux. Mais ça me fait évoluer. Et ça en fait évoluer d&#8217;autres que moi, en même temps que moi.</p>
<p>F (toujours conciliante) :  Evidemment, c&#8217;est ça qui est merveilleux, le partage, en somme.</p>
<p>H : Tu ne crois pas, toi, qu&#8217;il est absolument nécessaire de revivre des émotions, par exemple de notre enfance, pour pouvoir les dépasser et évoluer ?</p>
<p>F : Si, si, bien sûr.</p>
<p>Elle lui sourit gentiment.</p>
<p>H : Je veux dire, même entre nous, ça ne peut qu&#8217;aller mieux si j&#8217;arrive peu à peu à comprendre ce qui se passe en moi.</p>
<p>F : Moi, je trouve que ça ne va pas si mal, entre nous. Tu le sais, rien ne vaut pour moi un vrai travail sur le comportement , sur les comportements de tous les jours, je veux dire. Si tu acceptais de mettre un peu d&#8217;ordre dans la maison, de ne plus laisser traîner slips et chaussettes sales dans la chambre, franchement, ça déjà, ce serait formidable. (Plus malicieuse qu&#8217;ironique)  Tu pourrais mimer une saynète sur ce thème-là, non ?</p>
<p>H (très calme, très maîtrisé)  : Tu ne me prends jamais au sérieux. Tu ramènes tout ce que je fais à un jeu, et un jeu puéril, en plus. Tu ne me respectes pas.</p>
<p>F (souriante, mais les sourcils froncés)  :  Tu ne crois pas que tu exagères un peu ? C&#8217;est moi qui t&#8217;ai recommandé ces séances de gestalt, ne me dis pas maintenant que je n&#8217;ai pas de respect pour ce que tu y fais.</p>
<p>Il se tait, la regarde brièvement, prend son verre, le contemple, boit enfin.</p>
<p>F (comme découragée) : Et voilà, j&#8217;ai l&#8217;impression que tu es parti pour faire la tête un bon bout de temps. Quel cinéma tu fais parfois pour rien !</p>
<p>H (amer pour la première fois depuis le début de la scène)  :  Tout à l&#8217;heure, tu parlais de théâtre, on n&#8217;en sort pas&#8230; Tu vas me dire que que c&#8217;est normal, avec ma mère en vieille actrice spécialiste des bides et ma soeur qui cachetonne depuis des années&#8230;</p>
<p>F (calme, mais triste) : Tu sais très bien que je n&#8217;admire rien tant que les artistes, et en particulier les comédiens.</p>
<p>H  (véhément) :  C&#8217;est faux, tu n&#8217;admires que les gens réalistes, pratiques, doués pour la vie. Je n&#8217;en suis pas.</p>
<p>F (suppliante) ‹ Arrête, s&#8217;il te plaît. Elle a pris sa main. Elle la caresse du regard et des doigts. Il retire sa main avec brusquerie. Ecoute, nous passions une soirée si délicieuse, il fait doux comme à Sienne l&#8217;an dernier, à la même époque. Tu te souviens ? Le repas est succulent et j&#8217;ai hâte de me retrouver dans tes bras. Arrêtons cette dispute. C&#8217;est ta fragilité qui me touche en toi, tu le sais bien.</p>
<p>H (calme mais persifleur)  : C&#8217;est ça, je suis fragile et toi, tu es tellement solide. Les rôles sont distribués. En fait, tu es construite, artificielle, fabriquée. Tu es calme en apparence seulement, au fond tu es angoissée, très angoissée. Tu es totalement coupée de tes émotions et c&#8217;est ça qui te rend sadique.</p>
<p>F (plus surprise qu&#8217;indignée)  : Sadique ! Tu y vas un peu fort, non ?</p>
<p>H : Je ne suis pas sûr.</p>
<p>F : Je n&#8217;ai plus faim. Et toi ? Alors, demandons la note. J&#8217;ai besoin d&#8217;une bonne nuit pour me remettre. Si j&#8217;arrive à dormir après tout ça&#8230;</p>
<p>H ( ironique)  : Surtout qu&#8217;on s&#8217;est donné en spectacle, n&#8217;est-ce pas ? Une pseudo-scène de ménage au restaurant, quelle horreur !</p>
<p>F : S&#8217;il te plaît, arrête. Je ne te reconnais plus . Mademoiselle, l&#8217;addition, s&#8217;il vous plaît !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Réminiscence</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 21:14:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Vanves. J&#8217;y ai vécu jusqu&#8217;à l&#8217;âge de cinq ans. Beaucoup plus tard, comme  ma grand-mère y était enterrée, on a couché à ses côtés le grand corps froid de mon père. Quand maman est morte, je l&#8217;y ai portée à &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/reminiscence">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vanves. J&#8217;y ai vécu jusqu&#8217;à l&#8217;âge de cinq ans. Beaucoup plus tard, comme  ma grand-mère y était enterrée, on a couché à ses côtés le grand corps froid de mon père. Quand maman est morte, je l&#8217;y ai portée à son tour. Vanves, c&#8217;est là que reposent mes parents, dans le mystère d&#8217;un cimetière de campagne, petit, fleuri, apaisant.</p>
<p>La rue où nous habitions a été détruite au moment de la construction du périphérique. De grandes barres anonymes ont remplacé le lacis des ruelles que j&#8217;ai oubliées.</p>
<p>Ce soir, l&#8217;air est doux et je descends vers le lycée Michelet. Une rue en pente douce y mène.  Le trottoir est fait de larges marches plates qui se succèdent en vagues immobiles : deux claquements de talon, un blanc, puis deux claquements de talon, une étrange  mélopée se lève en moi, quelque chose de doux et de poignant, un chant oublié. Je m&#8217;arrête. Je sens flotter autour de moi la chanson plaintive de mes pas, de pas que je connais si bien, que je reconnais.</p>
<p>Maman. Je trottine à ses côtés, pour moi il faut bien plus que deux enjambées pour parcourir une marche aussi longue. Le vent souffle et elle  remet sur mes cheveux ébouriffés la capuche rêche. Elle reprend ma main. J&#8217;aime bien passer devant la porte cochère où nous nous sommes arrêtées une fois, bloquées par la tempête. Je m&#8217;étais serrée contre elle et nous n&#8217;avions pas attendu la fin de la bourrasque et de la pluie, nous étions sorties pour rejoindre notre maison, le temps pressait, mon frère allait rentrer de l&#8217;école. Nous avions fait une halte chez Mme Flamand, l&#8217;épicière, toute rose et blanche, avec un long nez pointu, en fait on s&#8217;appelle peut-être du nom de l&#8217;animal à qui on ressemble, sauf quand on ne ressemble à rien , comme moi, qui ai un drôle de nom qui ne veut rien dire, en français du moins. Mais qui signifie &laquo;&nbsp;champ vert&nbsp;&raquo; en allemand, a dit mon papa.</p>
<p>Papa frotte ses lunettes cerclées de métal doré avec une petite peau de chamois trouée. Non, pourtant, je ne suis pas d&#8217;origine allemande. Il est russe, mon papa, sa mère aussi. Et ce qui est plus extraordinaire encore, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;a pas de papa. Juste une maman russe, qui a habité là, dans ce minuscule deux-pièces jusqu&#8217;à sa mort.</p>
<p>Encadrée par le rythme des semelles qui claquent, surgit la cuisine verte, d&#8217;un vert que je détestais, et maman aussi. Et la batterie de casseroles cabossées au mur, et le petit rideau à carreaux sous l&#8217;évier de faïence, et la table en bois peinte en vert, elle aussi. Et maman et papa, tendus, examinant des comptes, sourcils froncés, grondeurs. &laquo;&nbsp;Va au lit, tout de suite!&nbsp;&raquo;</p>
<p>Et la chambre au lino fendu, et le petit lit à croisillons qui touche le grand lit si attirant des parents. Et, plus loin, le lit de mon frère, où somnole l&#8217;ours en peluche tout couturé d&#8217;avoir dû subir tant d&#8217;opérations à coeur ouvert.</p>
<p>Tip-tap, tip-tap, voilà que le soleil entre à flots dans la chambre paisible. Maman a tiré les rideaux d&#8217;un geste gai et elle m&#8217;embrasse : &laquo;&nbsp;Tu es ma princesse, mon bonheur, mon rayon de soleil.&nbsp;&raquo; Une longue journée s&#8217;ouvre devant nous, mais d&#8217;abord il faut manger la tartine beurrée qui sent le zeste d&#8217;orange, car le même couteau a servi pour le jus d&#8217;orange et la tartine. Sur la chaise m&#8217;attendent la robe à carreaux que je n&#8217;aime pas et la veste grise tricotée par elle, au cours de ces longues soirées où je l&#8217;entends chuchoter dans la cuisine avec mon père. Devant moi s&#8217;avance, dans la lumière incertaine du matin, la douce journée que clôturera la promenade au parc avant le retour de l&#8217;école de mon frère.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Barbe bleue</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 20:05:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Elle avait épousé Barbe-Bleue. Il était étrange et attirant. Et puisque l&#8217;homme qu&#8217;elle aimait n&#8217;avait pas voulu d&#8217;elle, alors lui ou son frère, quelle importance&#8230; Elle avait montré les trésors de son mari, sa nouvelle richesse, à ses envieuses amies. &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/barbe-bleue">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><span style="font-weight: normal; font-size: 13px;">Elle avait épousé Barbe-Bleue. Il était étrange et attirant. Et puisque l&#8217;homme qu&#8217;elle aimait n&#8217;avait pas voulu d&#8217;elle, alors lui ou son frère, quelle importance&#8230;</span></h2>
<p>Elle avait montré les trésors de son mari, sa nouvelle richesse, à ses envieuses amies. Elle avait vu leurs yeux briller devant les coffres débordant de pierreries, les armoires  aux planches ployant sous la soie, le vair et l&#8217;organza. La vaisselle d&#8217;or étincelait dans leurs mains blanches, les cristaux taillés lançaient des éclairs.</p>
<p>Elle avait pensé : je l&#8217;aimerai bientôt. Il s&#8217;agissait juste de se mettre joyeusement à table avec lui, et au lit, jour après jour. La barbe  noire, de nuit, n&#8217;était pas si inquiétante. Il suffisait de regarder ses yeux, parfois si angoissés. Son époux avait quelque chose des biches sauvages du parc, effarouchées au moindre bruit, humant frileusement les menaces de leur museau de velours.</p>
<p>Elle avait décidé d&#8217;ouvrir une à une les portes de son coeur, sans bruit, en douceur. Il ne se rendrait compte de rien. Elle l&#8217;apprivoiserait.</p>
<p>Les portes de son coeur, oui, mais cette porte-là, celle sans décoration aucune, au sobre bois de chêne brut, celle-là, elle savait qu&#8217;elle devait y renoncer. Par respect, sans chercher à comprendre. Il lui avait dit : &laquo;&nbsp;Là tu ne devras pas aller&nbsp;&raquo;. Ses yeux suppliaient. Sa bouche au dessin si ferme sous la barbe noire avait légèrement tremblé. &laquo;&nbsp;Tu n&#8217;iras pas, toi, mon âme et ma vie, tu n&#8217;iras pas, n&#8217;est-ce pas ?&nbsp;&raquo; Elle avait incliné la tête en signe d&#8217;assentiment. C&#8217;était son domaine et son secret.</p>
<p>Il était parti pour ses affaires, elle ne savait lesquelles au juste, et peu lui importait. L&#8217;essentiel était qu&#8217;il revînt vite.</p>
<p>Elle s&#8217;ennuyait seule à table et passait lentement à travers les pièces vides, écartant les lourdes tentures tendues d&#8217;une salle à l&#8217;autre.Elle n&#8217;avait pas envie de voir ses amies. Elle rêvait. A lui. A son silence, à son calme, à la façon qu&#8217;il avait de la regarder avant de lui prendre la main pour l&#8217;entraîner sur leur couche. Elle frissonnait.</p>
<p>Comme il tardait. Les mets prenaient dans sa bouche un goût fade, le chant exalté des oiseaux lui devenait insupportable, elle jalousait la nature luxuriante du coeur de l&#8217;été. Une sourde rancune montait en elle tandis que son désir de lui la tourmentait chaque jour un peu plus. Son absence la rendait si misérable, comment pouvait-il tarder ainsi ?</p>
<p>Elle se vengerait. Elle n&#8217;allait pas respecter son désir. Elle entrerait dans la chambre interdite. Ce serait sa façon de le punir de cette béance qu&#8217;il creusait en elle.</p>
<p>Effroi et désespoir.Elle avait tout perdu. Il s&#8217;était pris la tête dans les mains et avait poussé un long cri de bête. Puis le silence était retombé, il avait fermé toutes les issues. Et avait attendu la mort, enfermé, enfermé avec elle, sans un mot, sourd aux hurlements de détresse de sa soeur à elle, encourageant du haut de la tour sud les frères à galoper plus vite.</p>
<p>Elle n&#8217;avait pu empêcher qu&#8217;ils le tuent.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Femme sur route</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 19:51:42 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Qu&#8217;est-ce que tu fais sur cette route ? Ton chapeau, ta mère appelait ce genre de chapeau-là un bibi, ton chapeau sera happé par le vent dans une seconde, tu te crois élégante, souple et tout, ton tailleur te moule, &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/femme-sur-route">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2009/10/Maman-et-Jean-Mi.jpg"><a href="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2009/10/Jean-Mi-et-Maman-dans-la-rue.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-936" title="Jean-Mi et Maman dans la rue" src="http://fabienne.clairambault.fr/wp-content/uploads/2009/10/Jean-Mi-et-Maman-dans-la-rue.jpg" alt="" width="348" height="480" /></a><br />
</a>&laquo;&nbsp;Qu&#8217;est-ce que tu fais sur cette route ? Ton chapeau, ta mère appelait ce genre de chapeau-là un bibi, ton chapeau sera happé par le vent dans une seconde, tu te crois élégante, souple et tout, ton tailleur te moule, comme tes formes sont devenues opulentes, tu l&#8217;as voulu&#8230;</p>
<p>- Arrête ça, je n&#8217;ai pas voulu être si ronde&#8230;</p>
<p>- Elle n&#8217;a pas voulu être si ronde, elle a toujours essayé d&#8217;être élégante, c&#8217;était plus ou moins réussi,  mais là, elle est parfaitement élégante&#8230;</p>
<p>- C&#8217;est vrai, j&#8217;aimerais être élégante, longue et avec des formes généreuses en même temps&#8230;</p>
<p>- Et tu vas où ? Tu marches sur l&#8217;asphalte brûlant, les pointes de tes talons s&#8217;enfoncent dans le bitume, tu les retires avec un léger chuintement, ça te rappelle ta jeunesse, n&#8217;est-ce pas ? Quelle jeunesse, tu n&#8217;as pas voyagé beaucoup, ni suivi de routes noires droit devant toi, alors après quoi tu cours ?</p>
<p>- Elle ne court peut-être pas après quelque chose, peut-être qu&#8217;elle fuit quelque chose, qu&#8217;est-ce que tu en sais, toi , après tout ?</p>
<p>- Je crois que oui, c&#8217;est ça, je fuis plutôt..</p>
<p>- C&#8217;est pour ça que tu as pris une si jolie meugnonne petiote valise ? Pour fuir ? Et ton tailleur prince de galles sur cette route bordée de champs si vastes, si immenses, leurs limites débordent l&#8217;horizon, et tu avances toute droite avec ta petite valise, tes hauts talons et ton bibi (comme disait Maman, pas vrai ? ) tout rond, d&#8217;un gris souris attendrissant&#8230;</p>
<p>- Elle croit qu&#8217;elle ressemble à ce portrait  de sa mère pris sur un trottoir parisien, dans les années 50, quand il y avait des photographes  pour  saisir  au vol  les enjambées des belles femmes pressées qui traînaient derrière elles un garçonnet boudeur, en culottes courtes à bretelles du même tissu. Et la maman porte sur l&#8217;avant-bras la petite veste, aussi du même tissu, et au bout de sa main gantée de blanc, l&#8217;autre gant blanc, celui de la main qui traîne le garçonnet&#8230;</p>
<p>-  Oh oui, Maman est si belle sur cette photo, comment lui ressembler ?</p>
<p>-  Ne t&#8217;occupe pas de ça. Où vas-tu sur cette route improbable ? As-tu oublié que tu as lancé tant d&#8217;ancres pour te maintenir au port que tu serais maintenant incapable de seulement naviguer  un mille ? Hier encore, tu t&#8217;offrais un café au soleil d&#8217;une terrasse, et cela avait un goût de fruit défendu&#8230;</p>
<p>- Je sens sous ma jupe un peu longue, un peu fendue, vous avez vu ? , je sens l&#8217;intérieur de mes cuisses qui se touchent, la peau est douce et fraîche&#8230;</p>
<p>- C&#8217;est pour ça qu&#8217;elle marche comme ça, sur la route qui fond sous le soleil au zénith, c&#8217;est pour ça, pour sentir comme c&#8217;est doux, des cuisses à l&#8217;ombre qui se touchent en marchant&#8230;</p>
<p>- Mais le chapeau, tu n&#8217;en as jamais porté par le passé, tu trouvais que cela décoiffait, que tu étais trop timide pour ça, porter un chapeau.</p>
<p>- Je suis toujours aussi timide.</p>
<p>- Elle n&#8217;était pas si timide. Il y en a qui disent qu&#8217;elle a fait les quatre cents coups.</p>
<p>- Tu l&#8217;as dit toi-même : &laquo;&nbsp;J&#8217;ai fait les quatre cents coups&nbsp;&raquo;, et où, et quand, s&#8217;il te plaît? C&#8217;est consigné dans ta meugnonne petiote valise en cuir vert tendre, là, qui ballotte au bout de ton bras, bien serrée dans ta main gantée&#8230;</p>
<p>- &#8230;gantée de blanc comme sa mère sur la photo.</p>
<p>- On a compris, ça suffit. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;elle contient donc cette valisette-là, dis, ton pauvre passé vide, une paire de bas pour les frimas, quand les cuisses rondes et fraîches seront toutes marbrées de bleu, comme quand tu jouais en hiver dans la cour de récréation, avec les chaussettes tricotées qui grattaient, qui grattaient, les chaussettes beiges qui montaient jusqu&#8217;au-dessous du genou, seulement jusque-là. Après, la peau était froide, rose et bleuâtre, bien douce aussi. Alors, tu as mis des chaussettes dans ta valise vert tendre, ou des bas de soie, ou des collants de ski, ou&#8230;</p>
<p>- J&#8217;ai toujours tellement eu horreur du ski&#8230;</p>
<p>- Ferme-la, tu n&#8217;as jamais su ce que tu aimais ou détestais, et maintenant tu marches entre deux  champs de céréales, seule entre deux champs immenses, et tu n&#8217;as aucune idée d&#8217;où tu vas, dans ton tailleur prince de galles, avec ton bibi ridicule et ta valisette.</p>
<p>- Laisse-la, elle sait peut-être, quelquefois elle a su.</p>
<p>- Je ne me souviens plus, c&#8217;était il y a longtemps, j&#8217;étais une petite fille, non ? Mais j&#8217;ai toujours tellement cru qu&#8217;on pouvait se tromper de chemin, et puis rebrousser chemin, et ce n&#8217;était pas grave, il fallait retrouver l&#8217;embranchement, on repartait ailleurs, l&#8217;erreur était annulée et&#8230;</p>
<p>- Depuis, tu as compris, je crois. Quand on rebrousse chemin, des barrières ont poussé, avec de grands portails aux lourds vantaux, on ne peut pas rebrousser chemin, on a pris ce chemin-là, il faut le continuer, le continuer jusqu&#8217;au bout, ça, tu l&#8217;as compris, maintenant, hein ? Alors qu&#8217;est-ce que tu fais là, sur l&#8217;asphalte brûlant, avec ton tailleur à la veste cintrée, à la jupe fendue, ton beau tailleur prince de galles ? &nbsp;&raquo;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Maternité</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 19:37:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Maternité Froissé, le tendre visage rose, nez écrasé, yeux simiesques où seul l&#8217;iris s&#8217;aperçoit, le blanc viendra plus tard. Il paraît qu&#8217;il ne grandit pas, ou très peu, c&#8217;est l&#8217;orbite qui s&#8217;élargit, la paupière qui s&#8217;étire, alors l&#8217;iris se nimbe &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/maternite">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Maternité</p>
<p>Froissé, le tendre visage rose, nez écrasé, yeux simiesques où seul l&#8217;iris s&#8217;aperçoit, le blanc viendra plus tard. Il paraît qu&#8217;il ne grandit pas, ou très peu, c&#8217;est l&#8217;orbite qui s&#8217;élargit, la paupière qui s&#8217;étire, alors l&#8217;iris se nimbe de blanc et le regard s&#8217;humanise.</p>
<p>Mais là, c&#8217;est le petit d&#8217;homme, désarmé, délicieusement larvaire malgré ses mouvements de pattes arrière désordonnés, le petit que la mère voudrait lécher, elle le fait d&#8217;ailleurs, dès qu&#8217;elle est seule, elle le remet au sein, elle l&#8217;accroche à la mamelle, son petit, et le lèche, là, dans le fin duvet du crâne, derrière l&#8217;oreille, autour des pétales des narines, sous l&#8217;épluchure de crevette des ongles, elle le suçote, le petit, elle pense à lui quand il sera vieillard, quand elle sera morte et toute démantibulée dans la terre froide.</p>
<p>Alors son petit sera froissé, tout ridé, flasque et impuissant, mais personne ne sera là pour lécher son vieux visage, gris, maussade, et personne ne le mettra à son sein rond et ruisselant, aucune poitrine ne sera là pour être soulagée par son obstinée têtée et elle geint : ô mon petit, mon petit, et morte je serai et rien pour toi ne pourrai, mère sans vie, mère dans la terre froide qui emplira ma bouche.</p>
<p>F.C.</p>
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		<title>Vision rouge</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 19:34:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans le silence haletant rôdent de grands  loups  gris, efflanqués, solitaires. Une vraie meute jamais ne trouble les sous-bois. Que de longs fauves affolés, qui glissent, dos fuyants, entre les troncs noirs. La forêt n&#8217;est  visible que le soir, on &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/vision-rouge">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le silence haletant rôdent de grands  loups  gris, efflanqués, solitaires. Une vraie meute jamais ne trouble les sous-bois. Que de longs fauves affolés, qui glissent, dos fuyants, entre les troncs noirs.</p>
<p>La forêt n&#8217;est  visible que le soir, on n&#8217;a jamais vu la couleur des feuillages. Dans les sombres ramures ne chante aucun oiseau.</p>
<p>Parfois une voiture attelée fait une apparition, tirée par des chevaux aux yeux fous, l&#8217;écume au mors. Les loups gris les suivent un moment, harcelants, affamés, puis renoncent.</p>
<p>Dangereuse est la forêt et oppressant le désir de la traverser. Le courage est  pain dur qu&#8217;on a envie de jeter au loin, de jeter aux loups qui guettent le voyageur égaré dans la phosphorescence de dizaines d&#8217;yeux.</p>
<p>Ils ont un peu peur, ils ne sont pas sûrs d&#8217;être les plus forts. Cette incertitude, le seul atout de l&#8217;errant.</p>
<p>Leurs pâles échines s&#8217;argentent sous la lune tandis qu&#8217;ils fuient. Une voix encourage, une voix accompagne. Elle sait le chemin, le chemin qui mène à la ville.</p>
<p>Immense est la forêt et pourtant elle s&#8217;étend au pied d&#8217;une cité d&#8217;ocre. Une cité aussi éclatante de lumière que la forêt est noire.</p>
<p>Ici les loups sont en cage, avec des yeux tristes et de grises babines qu&#8217;ils ne retroussent plus. Des petites filles en jupe plissée, aux chaussures à barrette, des petites filles d&#8217;il y a déjà longtemps les considèrent avec étonnement. Elles sont déçues et leur mine s&#8217;allonge.</p>
<p>La ville qui enserre la forêt est un anneau de lumière. Les hommes et les femmes y circulent avec élégance et y échangent de longs regards, dans le tourbillon d&#8217;allées et venues implacables.</p>
<p>Les mains des hommes attrapent au vol les mains des femmes. Les corps se trouvent sans un mot. De sobres édifices abritent icônes et  enluminures du Moyen Age, craquelées, brunies, mais aussi des chambres aux lits hauts et profonds. Des couples roulent en riant et en pleurant  dans des draps lessivés de soleil. Le vent se lève et les draps battent aux mains des amants, draps tendus au-dessus d&#8217;eux, horizontaux dans la bourrasque qui traverse les grandes pièces des palais.</p>
<p>Des rires d&#8217;enfants et des clapotis montent vers les fenêtres à meneaux. On entend une viole de gambe, ou John Coltrane. Ou de jolies chansons sucrées qui font bouger les hanches. Il fait chaud, même la bourrasque est  tiède et l&#8217;on s&#8217;habille juste pour être plus beau. La vie dans la ville est une soirée de volupté qui ne finit pas. Le doux jeu des regards s&#8217;y épanouit à l&#8217;infini.</p>
<p>Entre la ville et  la forêt coule une eau trouble. De piètres nageurs s&#8217;escriment à remonter le courant, tandis que des soldats d&#8217;autrefois, escopette à l&#8217;épaule, les visent posément et les abattent. Entre la ville et la forêt coule un fleuve barbare.</p>
<p>Fabienne Clairambault</p>
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