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	<title>Fabienne Grünfeld Clairambault &#187; bébé</title>
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		<title>Visites nocturnes</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Nov 2009 16:52:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter. Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/visites-nocturnes-2">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous nous réjouissons si fort de les voir que nous nous écrions : &laquo;&nbsp;Tu sais, j&#8217;ai fait l&#8217;affreux cauchemar que tu étais mort, quelle folie!&nbsp;&raquo; Et ils hochent leur vieille tête chenue, et leur regard bienveillant approuve: &laquo;&nbsp;Quelle folie!&#8230;&nbsp;&raquo;</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Alors nous pétrissons leur main douce et tiède, et nous leur disons comme ils sont beaux et lumineux avec leur visage reposé, et ils sont si heureux qu&#8217;on les choie et les dorlote, ils n&#8217;en reviennent pas. Les vieux morts n&#8217;ont pas été gâtés alors qu&#8217;ils vivaient, ils étaient gênants, encombrants, si lents dans le tourbillon de nos vies, un boulet qu&#8217;il fallait traîner. On ne voyait plus d&#8217;eux que leurs défauts, pis, tels des objets ils présentaient des inconvénients : tristesse, fatigue, dépendance absolue.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Là, nous avons du temps, nous pouvons tranquillement nous promener dans les avenues ombragées, en prenant garde qu&#8217;ils ne marchent pas du côté des voitures et qu&#8217;ils ne trébuchent pas. Leur bras si léger repose sur le nôtre et s&#8217;y agrippe lorsqu&#8217;ils butent sur une pierre ou tournent leur fragile cheville et manquent de tomber. Nous nous promenons lentement, et les paisibles frondaisons des parcs chuchotent à leurs oreilles des mots consolateurs, et nous nous penchons vers eux : &laquo;&nbsp;Tu entends comme les oiseaux chantent aujourd&#8217;hui? On les sent fous de joie.&nbsp;&raquo; Nous ne regardons pas nos montres, car aucun devoir ne nous appelle, nous sommes là pour caresser leur main tavelée et douce.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Quelquefois nous parlons à un mort d&#8217;un autre mort : &laquo;&nbsp;Tu sais, maman est morte, mais quel bonheur que, toi, tu sois bien en vie!&nbsp;&raquo; Alors, il est étonné, il ne savait pas, ça lui fait un drôle d&#8217;effet, et nous serrons son corps faible et osseux dans nos bras, car nous sentons bien comme ce mot a pour eux, les vieux morts, un trop proche écho. Nous les protégeons de nos corps sains et forts, de notre joie de vivre, nous formons un écran entre la terreur du néant et eux, et nous les sentons s&#8217;apaiser dans nos bras, tels des bébés rassasiés de lait et d&#8217;amour, et ils s&#8217;endorment enfin.</div>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">F.Clairambault</div>
<p>Quand le sommeil a plombé nos membres et muselé notre conscience bavarde, les morts viennent nous visiter.</p>
<p>Ils sont doux et tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et nous, nous ne nous en souvenons pas non plus. Nous nous réjouissons si fort de les voir que nous nous écrions : &laquo;&nbsp;Tu sais, j&#8217;ai fait l&#8217;affreux cauchemar que tu étais mort, quelle folie!&nbsp;&raquo; Et ils hochent leur vieille tête chenue, et leur regard bienveillant approuve: &laquo;&nbsp;Quelle folie!&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Alors nous pétrissons leur main douce et tiède, et nous leur disons comme ils sont beaux et lumineux avec leur visage reposé, et ils sont si heureux qu&#8217;on les choie et les dorlote, ils n&#8217;en reviennent pas. Les vieux morts n&#8217;ont pas été gâtés alors qu&#8217;ils vivaient, ils étaient gênants, encombrants, si lents dans le tourbillon de nos vies, un boulet qu&#8217;il fallait traîner. On ne voyait plus d&#8217;eux que leurs défauts, pis, tels des objets ils présentaient des inconvénients : tristesse, fatigue, dépendance absolue.</p>
<p>Là, nous avons du temps, nous pouvons tranquillement nous promener dans les avenues ombragées, en prenant garde qu&#8217;ils ne marchent pas du côté des voitures et qu&#8217;ils ne trébuchent pas. Leur bras si léger repose sur le nôtre et s&#8217;y agrippe lorsqu&#8217;ils butent sur une pierre ou tournent leur fragile cheville et manquent de tomber. Nous nous promenons lentement, et les paisibles frondaisons des parcs chuchotent à leurs oreilles des mots consolateurs, et nous nous penchons vers eux : &laquo;&nbsp;Tu entends comme les oiseaux chantent aujourd&#8217;hui? On les sent fous de joie.&nbsp;&raquo; Nous ne regardons pas nos montres, car aucun devoir ne nous appelle, nous sommes là pour caresser leur main tavelée et douce.</p>
<p>Quelquefois nous parlons à un mort d&#8217;un autre mort : &laquo;&nbsp;Tu sais, maman est morte, mais quel bonheur que, toi, tu sois bien en vie!&nbsp;&raquo; Alors, il est étonné, il ne savait pas, ça lui fait un drôle d&#8217;effet, et nous serrons son corps faible et osseux dans nos bras, car nous sentons bien comme ce mot a pour eux, les vieux morts, un trop proche écho. Nous les protégeons de nos corps sains et forts, de notre joie de vivre, nous formons un écran entre la terreur du néant et eux, et nous les sentons s&#8217;apaiser dans nos bras, tels des bébés rassasiés de lait et d&#8217;amour, et ils s&#8217;endorment enfin.</p>
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<p>&nbsp;</p>
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		<title>Histoire sans fin</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Oct 2009 17:15:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fabienne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un filament transparent flotte devant ses paupières fermées, trace une courbe ténue, disparaît. Cris d&#8217;enfants. Odeur de l&#8217;herbe coupée. Une hirondelle a rayé le ciel de son cri strident. Le soleil chauffe la peau de sa nuque. Juste au-dessous des &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/histoire-sans-fin">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un filament transparent flotte devant ses paupières fermées, trace une courbe ténue, disparaît. Cris d&#8217;enfants. Odeur de l&#8217;herbe coupée. Une hirondelle a rayé le ciel de son cri strident.</p>
<p>Le soleil chauffe la peau de sa nuque. Juste au-dessous des cheveux relevés. Le journal posé sur ses genoux dégage une odeur suave d&#8217;encre et de papier chaud. Elle est si bien. Depuis combien d&#8217;années ne s&#8217;est-elle pas sentie si bien ? Elle passe la main sur la peau douce et fripée de ses joues.</p>
<p>La petite joue au sable, interminablement elle remplit le seau, le renverse, tape sur le fond de plastique, plaf, plaf, le soulève. La tour imparfaite se dresse, elle l&#8217;abat d&#8217;un coup de pelle jubilatoire.</p>
<p>Son coeur se serre. Cette scène, elle l&#8217;a déjà vécue, là sous le même soleil. Ses petits, ses petits à elle, jouaient, le cristal de leurs cris retentit à ses oreilles, elle respire l&#8217;odeur de leur peau quand ils venaient la retrouver, ivres de soleil et de rires, et qu&#8217;elle les embrassait. Ces petits-là ont disparu, engloutis par le temps, ces deux petits-là, le garçon blond et frisé, infatigable constructeur de barrages, et la fillette, si mate, si brune, si différente d&#8217;elle-même, la fidèle exécutrice des ordres de son frère. Et l&#8217;adorable bébé rieur, arrivé sur le tard comme dernier cadeau de la vie. Cadeau qu&#8217;on a peur de ne pas avoir mérité, parce que les forces déclinent et que le vent de la nuit, chaque soir, semble plus frais et moins éclatant le soleil de l&#8217;aube. Comme elle a eu peur, la petite dernière, de ne pas avoir la force de guider ses pas hésitants. Comme elle a craint de ne pas savoir trouver pour elle les mots pour dire l&#8217;obscurité qu&#8217;il faut traverser en chantant &#8211; pour fuir la peur.  Elle voudrait les serrer à nouveau dans ses bras, sentir leur chair ferme et parfumée et écouter leurs petites conversations.</p>
<p>Sa petite-fille est venue la rejoindre. Elle veut boire. Sa bouche s&#8217;arrondit sur le goulot de la gourde en plastique. Il faudra lui apprendre à boire normalement. Elle ressemble à son père, au petit garçon blond et frisé qu&#8217;il était, actif, calme, impérieux. Elle ressemble à son fils, son fils à elle, mais comment est-elle devenue une vieille dame alors qu&#8217;elle entend encore distinctement ses enfants s&#8217;appeler l&#8217;un l&#8217;autre? Une vieille dame comme sa mère, sa mère qu&#8217;elle croirait pourtant pouvoir retrouver chez elle, dans l&#8217;appartement blanc de Belleville, assise toute droite sur le canapé, les yeux dans le vague, perdue dans ses pensées, attendant, trop vieille pour tant de soleil, qu&#8217;elle, la jeune mère revienne. Une mouche volette dans un rai de lumière derrière le store baissé.</p>
<p>Encore une présence invisible. Sa mère repose au cimetière et pourtant elle chuchote à ses côtés, elle dit la ressemblance de cette petite-là, toute bouclée, avec les trois autres. Sa mère voit aussi la petite, c&#8217;est sûr, c&#8217;est sûr. Comme elle aimerait lui parler, dans cette lumière d&#8217;éternelle enfance, comme elle voudrait elle aussi remettre sa petite main froide dans la grande main qui n&#8217;est plus et attendre avec elle l&#8217;autobus qui n&#8217;existe plus pour rentrer à la maison, après la promenade au parc.</p>
<p>Cela ne finira jamais. Ce long chapelet de moments heureux, de moments volés au temps, et au travail, ces douces parenthèses incises dans le cheminement douloureux d&#8217;une vie qu&#8217;il a fallu construire. Dans la contrainte et le renoncement, aussi. Pourquoi a-t-elle dû attendre si longtemps cette plénitude ? Longtemps, sa jeunesse et sa maturité lui sont apparues comme un combat, une lutte contre un réel récalcitrant, avec une obsession : malgré tout, faire vivre la gaieté, conserver l&#8217;énergie.</p>
<p>Cette vibration, là. Comme elle la sent maintenant. Comme la vie est forte. On ne lui avait pas dit combien il est doux de vieillir et que, oui, oui, on retombe en enfance, dans l&#8217;insouciance palpitante de l&#8217;enfance. Les morts cheminent à vos côtés et les pas-encore-nés, les enfants de la petite, là, jambes irrisées de sable et robe tachée de grenadine. Elle n&#8217;aura été qu&#8217;un maillon, un passeur, un pont. Elle a peur que son vieux coeur éclate de joie.</p>
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		<title>murmures d&#8217;hiver</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 08:42:05 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Les pétales secs bruissent sur les cailloux blancs éparpillés au centre  du rectangle de granit gris. Quelques-uns sont restés accrochés à la branche horizontale de la vieille croix orthodoxe. Recroquevillés, flétris, dentelles de copeaux. Est-ce la bise de janvier ? &#8230; <a href="http://fabienne.clairambault.fr/murmures-dhiver">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les pétales secs bruissent sur les cailloux blancs éparpillés au centre  du rectangle de granit gris. Quelques-uns sont restés accrochés à la branche horizontale de la vieille croix orthodoxe. Recroquevillés, flétris, dentelles de copeaux. Est-ce la bise de janvier ? Ils rosissent, un délicat duvet semble les parcourir, un frisson sur la peau nue. Ils se déplient, frileuses ailes de papillon, s&#8217;arrondissent, pétales nouveau-nés qui susurrent :</p>
<p>&laquo;&nbsp;Ma fille, ma petite fille, tendre petite fille  de nous, tu nous as quittés il y a si longtemps. Notre rayon de soleil, notre miel à nous, nous n&#8217;avons rien compris alors, nous étions si épais, si proches. Nous étions poison versé dans ton eau claire. Vois comme nous sommes maintenant beaux et lointains. Le poison nous a quittés, et la force, et nous laissons glisser vers toi nos haleines parfumées. Mais tu sens notre appel, et nos vieux os s&#8217;affolent.  Ne nous rejoins pas, non, non, vis et sens-nous si légers dans ton sillage.  Sens la caresse de nos mains-zéphyr, souviens-toi de nos bouches arrondies en un dernier baiser. La terre qui emplit nos gorges est salée,  comme le sang, comme les larmes,  mais elle ne nous étouffe pas, tu le vois bien, nos paroles  te suivent et embaument ta route. Ne nous rejoins pas, adorable bébé,  délicieuse fillette  aux nattes rebelles, ne te soucie pas de nous, nous sommes si bien dans le blanc de l&#8217;hiver, le froid nous enveloppe et nous berce, et tu entends l&#8217;écho de nos rires clairs.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Une feuille parcheminée d&#8217;érable vogue et tourbillonne autour de la lourde croix. La voix est profonde et tu n&#8217;as plus besoin de tendre l&#8217;oreille.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Fille de  mon fils, oui, toi  qui l&#8217;as  tellement négligé. Comme la vie coule en toi avec sauvagerie. Tu pousses tel le brin d&#8217;herbe dans la maigre fente du macadam. Mon fils, mon doux trésor de fils, t&#8217;a donné sa fièvre et sa joie. Mais te voici qui vacilles, fille de lumière, tu  t&#8217;avances vers l&#8217;ombre noire des grands cyprès et pour toi le jour est comme la nuit . Ressaisis-toi, redresse-toi, regarde le soleil dissiper les glaciales vapeurs de la nuit, laisse la mésange emplir ton oreille de son chant matinal. Plus tard, plus tard, tu trouveras refuge auprès de nous, le temps n&#8217;est pas venu&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Sarabande des vieux bourgeons fanés de bruyère, pépiement des voix   aigrelettes qui rient, des voix inconnues qui interpellent :</p>
<p>&laquo;&nbsp;O fille des Russes et des fous, ô Krasivaïa Viesna, entends-nous aussi, sens nos parfums, respire, respire le vent de nos rires, porte-les comme parures à tes vêtements, fais-les sonner dans l&#8217;envol de tes robes, danse, danse, fais s&#8217;ouvrir le cercle des ombres funèbres, qu&#8217;elles ne puissent qu&#8217;à distance respectueuse suivre tes pas, qu&#8217;elles perdent ta trace dans les vagues mouvantes et chaudes des folles avoines.&nbsp;&raquo;</p>
<p>La bourrasque emporte la spirale des bourgeons mort-nés et des lourdes feuilles, les pétales virent au carmin dans le ciel de bronze mat et tu as desserré la croix de granit gris. La nuit est tombée d&#8217;un coup, tu as fermé autour de ta gorge brûlante le col de ta veste en loup. Le bruit chaud des pneus sur la chaussée a guidé ta marche vers la sortie. Comme tu es la dernière, tu as tiré derrière toi la lourde porte de fer.</p>
<p>Fabienne Clairambault</p>
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		<title>Visites nocturnes</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Mar 2009 22:07:56 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand le  sommeil a plombé nos  membres  et muselé  notre conscience  bavarde, les  morts  viennent  nous visiter.</p>
<p>Ils sont doux et  tendres, et ne savent pas qu&#8217;ils sont morts et  nous, nous  ne  nous en  souvenons  pas non plus. Nous nous réjouissons si  fort  de  les voir que, plus  d&#8217;une fois, nous nous écrions: &laquo;&nbsp;Tu sais, j&#8217;ai fait l&#8217;affreux cauchemar  que tu étais mort,  quelle folie!&nbsp;&raquo; Et  ils hochent   leur vieille  tête  chenue, et  leur regard bienveillant  approuve: &laquo;&nbsp;Quelle folie!&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Alors nous pétrissons leur  main  douce et tiède, et nous leur disons comme ils  sont beaux  et  lumineux avec leur visage reposé, et ils  sont si heureux qu&#8217;on les choie et les dorlote, ils n&#8217;en reviennent pas. Les vieux morts n&#8217;ont pas été gâtés alors  qu&#8217;ils vivaient, ils étaient toujours gênants, encombrants, si lents dans le tourbillon de nos vies, un boulet  qu&#8217;il  fallait  traîner. On  ne voyait plus d&#8217;eux que leurs défauts, pis, comme des objets  ils présentaient  des  inconvénients: tristesse, fatigue, dépendance absolue.</p>
<p>Là, nous  avons du temps,  nous pouvons  tranquillement nous promener dans  les  avenues ombragées, en prenant  garde  qu&#8217;ils ne marchent pas du côté des voitures et  qu&#8217;ils ne  trébuchent pas. Leur bras si léger  repose sur le nôtre  et  s&#8217;y agrippe lorsqu&#8217;ils butent sur une pierre  ou tournent  leur fragile  cheville et  manquent de tomber. Nous  nous promenons lentement, et les  paisibles frondaisons des parcs chuchotent à leurs oreilles des mots consolateurs, et nous nous penchons  vers eux:&nbsp;&raquo;Tu entends comme  les oiseaux  chantent aujourd&#8217;hui ? On les sent fous de  joie.&nbsp;&raquo; Nous ne regardons pas nos montres,  car  aucun devoir ne nous appelle, nous sommes là pour caresser  leur  main  tavelée et  douce.</p>
<p>Quelquefois nous parlons à un  mort d&#8217;un autre mort : &laquo;&nbsp;Tu  sais, maman  est morte,  mais  quel  bonheur que,  toi, tu sois  bien  en vie!&nbsp;&raquo; Alors,  il  est étonné, il ne savait pas, ça lui fait un drôle d&#8217;effet,  et  nous serrons son corps  faible et osseux dans nos bras,  car nous sentons bien comme ce mot a pour eux, les vieux morts, un  trop proche écho. Nous les protégeons de nos corps sains et forts, de notre joie de vivre, nous formons un  écran entre  la terreur du néant et eux, et nous  les sentons s&#8217;apaiser dans nos  bras, tels des bébés rassasiés de lait et d&#8217;amour, et ils  s&#8217;endorment  enfin.</p>
<p style="text-align: right;">F.Clairambault</p>
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