L’Invisible Elina, de Klaus Härö

C’est un film que j’ai découvert à « Mon premier festival », formidable manifestation de cinéma pour petits et grands enfants qui a lieu tous les ans aux vacances de la Toussaint. Il faut croire que j’ai gardé une âme d’enfant, car j’ai beaucoup aimé ce très beau film.

L’action se passe en Tornédalie, région frontalière entre la Finlande et la Suède, en 1952, nous est-il précisé… Elina, 9 ans, vit avec sa plus jeune soeur, un frère bébé et sa mère dans une ferme, au milieu d’un paysage somptueux et sauvage de bois de bouleaux et de marais. Quand le film commence, son père est mort depuis peu et elle-même sort d’une tuberculose qui a fait craindre pour sa vie.  Elle doit reprendre l’école après une longue absence et sera dans la classe de la sévère maîtresse principale, Tora Holm. Cette terrible femme, psychorigide et pleine de condescendance envers les pauvres, est magistralement interprétée par Bibi Andersson, une des égéries de Bergman, ce qui ne manque ni de charme ni d’émotion. Tora Holm s’est donné pour mission d’apprendre coûte que coûte aux enfants le suédois et pourchasse avec acharnement tout manquement à la règle : aucun enfant, à aucun moment, ne doit parler finnois. Or les petits paysans les plus pauvres ne savent pas le suédois. Elina, elle, est bilingue mais est indignée par sa cruauté et défend ceux qu’elle persécute. Le choc entre ces deux fortes personnalités sera explosif, et la maîtresse décide d’ignorer totalement Elina, qui désormais sera « invisible » pour elle.

Elina voue un culte à son père disparu, qu’elle pense retrouver quotidiennement dans les marais et auquel elle parle longuement, au grand dam de sa mère. Les scènes du marais sont magnifiques, la somptuosité de la lumière du Nord est superbement rendue et le retour à la ferme nous vaut des vrais Le Nain, voire des Rembrandt.

Bien sûr, tout s’arrangera car nous sommes dans un film destiné aux enfants et la méchante évoluera vers la fragilité et la douceur. La dureté n’était que le masque du sens du devoir qui muselle l’émotion, tout rentrera dans l’ordre après l’effondrement du personnage.

Il n’en reste pas moins qu’on ressent très bien le mépris qu’engendrait la pauvreté en ces temps pas si lointains, et combien on reprochait aux miséreux l’aide que l’Etat leur fournissait. On attendait d’eux reconnaissance et humilité. C’est justement à cette loi de gratitude soumise qu’Elina refuse d’obéir, elle réclame respect et attention et est prête à mourir plutôt qu’à y renoncer. Au contraire, on voit sa mère agenouillée dans les couloirs de l’école nettoyer à la serpillière le sol, humble, résignée, déférente lorsque Tora Holm s’adresse à elle, suppliante lorsqu’elle doit lui demander des chaussures pour sa fille aînée.

A la fin du film, chacun a trouvé sa place et la fillette peut enfin commencer un vrai deuil, apaisée, libérée du lien pathologique et mortifère à son père : pour la première fois, elle accepte d’aller au cimetière avec sa mère et sa soeur. Elle accepte de laisser son père dans la paix du caveau et sa jeune vie éclater de vigueur. Un très beau film, totalement méconnu en France.

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Une réponse à L’Invisible Elina, de Klaus Härö

  1. C’est vrai, ça a l’air très beau, et tu le racontes bien. J’ia fait une petite balade entre marais et bouleaux…

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